Histoire d’une photographie

Vendredi 29 janvier 2010
Par Sandra Lalancette

Ivanoh Demers Time MagazineCe cliché d’Ivanoh Demers, photographe à La Presse, a fait le tour du monde. Il se trouve à la une du Time, il a fait la couverture du Nouvel observateur et de plusieurs journaux américains. Histoire d’une photographie.

Le 12 janvier, le soir du tremblement de terre en Haïti, Ivanoh Demers et sa collègue Chantale Guy étaient à Port-au-Prince pour réaliser des reportages culturels pour La Presse. Et pendant une minute, la terre a tremblé. Le photographe court à l’extérieur.

Une fois dehors, le photographe retourne à l’intérieur : il doit retrouver Chantale. Et c’est en retournant dans l’hôtel qu’il voit ses caméras. Il les prend et ressort.

C’est le choc. «Ça criait partout, c’était la panique, la nuit tombait, ça nous inquiétait. Les blessés sortaient des décombres et se dirigeaient vers l’hôpital, détruit, qui était à côté de notre hôtel. Une scène de fin du monde.»

Il n’a pas pris de photographies tout de suite. Il a absorbé le choc, aidé un médecin. Puis, il s’est armé de son appareil.

L’enfant sur la photo est l’un des premiers blessés qu’il a vu arriver. Il avait une blessure derrière la tête. Un médecin, qui s’était installé à l’hôtel, s’est occupé de lui. «Je suis certain qu’il va bien.»

Cette image représente bien, selon lui, le désespoir et la détresse de cette soirée, des heures qui ont suivi la catastrophe. «C’est une photo à la noirceur, la lumière vient d’une jeep des Nations unies qui était là pour éclairer les médecins. Déjà, le lendemain, ce n’était plus le même genre de photos, c’était des photos de sauvetage, de panique, de destruction. Là, c’est le désespoir.»

Il a réussi à envoyer une quinzaine de photographies à La Presse vers 21h, au moment où les images se faisaient encore très rares. Et celle-ci a fait le tour du monde.

Ivanoh Demers dit avoir été en état de choc le 12 janvier et ne se souvient pas de tous les détails de cette soirée. Est-ce que l’enfant était seul? Était-il bien accompagné de deux adultes, comme dans son souvenir? Il ne le saura que lorsqu’il regardera toutes les photographies qu’il a prises le 12 janvier. «Quand j’ai été rapatrié au pays, j’ai oublié mon laptop à l’ambassade, à côté de la piscine. Je ne l’ai reçu qu’hier [mercredi].»

Il a hâte de regarder ses images et il se demande encore ce qu’est devenu ce petit bonhomme. Mais, il le répète : «je suis certain qu’il va bien».

Tags: ,

Laisser un commentaire