Power, Quebecor, Gesca, le pétrole et la guerre des médias

Mercredi 6 janvier 2010
Par Patrick Déry

GuerreMediasLa période des Fêtes a donné lieu à un (autre) épisode détestable de ce qu’il est maintenant convenu d’appeler la « Guerre des médias ». Le Journal de Montréal a sous-entendu que des chroniqueurs de La Presse ont écrit sur commande des dirigeants de Power Corporation, propriétaires de Gesca, afin de prendre position en faveur de l’exploitation des sables bitumineux, dans laquelle Power possède des intérêts indirects.

Le chroniqueur du Journal, Richard Martineau, en a rajouté, l’éditorialiste en chef de La Presse, André Pratte, s’est défendu de cautionner l’exploitation des sables bitumineux ou que son journal le fasse, et le rédacteur en chef du Journal de Montréal, Dany Doucet a répliqué, pointant les intérêts non divulgués de Power dans les sables bitumineux et le fait que celle-ci refuse systématiquement de répondre aux questions du Journal.

À travers tout ça, et à La Presse et au Journal, on a reproché à l’autre camp de ne pas donner l’occasion de réagir avant publication, dans ce dossier et d’autres.

(Note bien personnelle : je ne suis pas un ardent fédéraliste, j’ai assez peu de sympathie pour le gouvernement conservateur et je suis très préoccupé par l’exploitation des sables bitumineux et de la conséquence sur l’environnement. Peut-être suis-je d’une immense naïveté, mais reste que j’ai de la difficulté à voir dans les texte de Pratte, Gagnon et Dubuc un «appui» à l’exploitation des sables bitumineux. Tout ce qui j’y trouve,  c’est l’expression d’un point de vue valable: l’exploitation des sables est très profitable et le Québec bénéficie de la richesse de l’Alberta par le biais de la péréquation. On peut certainement dénoncer, et même renoncer aux profits générés, mais il y aura des conséquences financières, et des choix à faire. Fin de la parenthèse.)

Deux groupes de presse et deux conceptions du journalisme s’affrontent, et deux groupes de journalistes tout court aussi, aigris de part et d’autre par une compétition exacerbée.

Quelques questions :

1- Peu importe de qui provient le premier tir cette fois-ci, est-ce que quelqu’un sort gagnant de ce qui ressemble drôlement à (une autre) tentative de régler des vieux comptes?

2- De qui devrait relever la responsabilité de critiquer d’autres médias? Des médias se trompent, ça arrive. Certains sont parfois en conflit d’intérêt. Est-ce qu’un média peut critiquer un autre média? Est-il pensable que ça puisse se faire avec un certain détachement? Est-ce qu’on devrait donner des dents au Conseil de presse? Est-ce que les groupes de presse le permettraient?

3- Doit-on déduire du raisonnement utilisé pour mettre en cause les chroniqueurs de La Presse, que lorsque Le Journal de Montréal écrit sur les diverses branches de l’Empire ou sur ses produits, c’est le conseil d’administration de Quebecor qui tient le crayon? J’espère que non…

4- Est-il possible de critiquer un groupe de presse sans que ses artisans se sentent attaqués personnellement, ou bien si on est en rendu à une dynamique de type Canadiens-Nordiques, où l’important est de prendre et de donner des coups pour l’équipe? (Remarquez que dans ce cas-ci, des chroniqueurs ont été personnellement mis en cause, mais parlons pour le futur.)

Pour ceux qui veulent revivre un par un les différents épisodes de cette passionnante saga :

  • L’éditorial d’André Pratte du 17 décembre, dans La Presse, qui a donné l’occasion du papier au Journal;
  • La chronique de Lysianne Gagnon du 17 décembre, dans La Presse, qui écrivait elle aussi sur le même sujet, d’un autre angle;
  • Le billet de Mathieu Turbide annonçant sur son blogue personnel un papier le lendemain dans Le Journal de Montréal sur la relation entre Power et les sables bitumineux;
  • Le papier de Mathieu Turbide dans Le Journal;
  • La chronique d’Alain Dubuc du 18 décembre, dans La Presse, qui a donné d’autres munitions au Journal;
  • Le grain de sel de Richard Martineau le 22 décembre, dans Le Journal;
  • La réponse d’André Pratte, le 24 décembre, dans La Presse;
  • La réplique de Dany Doucet, le 27 décembre, dans Le Journal.
  • Jean-François Lisée tentant de faire la part des choses, sur son blogue à L’actualité.

Sur la feuille de pointage, ça fait quatre à quatre, avec Lisée qui score en prolongation.

(Le visuel provient de la couverture d’octobre 2007 du Trente)

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