Y a-t-il trop de journalistes à Haïti?

Lundi 18 janvier 2010
Par Annie Labrecque

Haïti«Plus de médecins, moins de journalistes!» Cité par l’AFP, c’est l’appel que lançait un sinistré haïtien à une équipe de télévision.

La phrase, reprise un peu partout, lançait le débat : est-il nécessaire d’envoyer autant de journalistes couvrir LA nouvelle? À l’exception des conflits armés, c’est la plus grande mobilisation de journalistes depuis le tsunami de 2004 en Asie du Sud-Est.

Ce qu’en disent les journalistes…
Les avis sont partagés. D’un côté, on reproche l’envoi massif de journalistes en Haïti au détriment des secours et le voyeurisme des médias envers le désastre. Sur Twitter, Michel Dumais et Marie-France Bazzo reprennent la citation «Plus de médecins, moins de journalistes». Influence communication écrit : «Beaucoup de journalistes… vivement des secouristes».

Quelques-uns se questionnent aussi sur l’initiative de RueFrontenac d’envoyer des journalistes dont le voyage a été payé par les dons du public. Même s’ils ne blâment pas le projet, Steve Faguy (Fagstein) et Steve Proulx croient que cela aurait été plus louable d’amasser des sous pour Haïti. Richard Therrien, aujourd’hui, s’interroge sur la présence de Céline Galipeau en Haïti pour y animer le Téléjournal en direct.

Mais de l’autre côté, on juge primordial que les journalistes y soient. C’est l’avis de Patrick Lagacé et de Cécile Gladel. «Il n’y aura pas plus de médecins à Port-au-Prince demain matin si tous les journalistes quittent la capitale. Je ne vois pas le lien. D’autant plus que le problème, ce n’est pas l’aide : c’est la distribution de l’aide», affirme Patrick Lagacé sur son blogue.

Finalement, Michelle Blanc, consultante et conférencière en marketing Internet, propose un compromis en «développant une coopération entre médias pour limiter le nombre de journalistes sur les lieux».

Le débat continue…

Ajout (19/01/2010): Haïti, le défi médiatique, par Paul Cauchon

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8 commentaires sur “Y a-t-il trop de journalistes à Haïti?”

  1. Steve Carrière

    Un juste milieu à tout, le téléjournal en direct de Port-Au-Prince est déplacé. On devrait y avoir que les journalistes de terrain, pas de commentateurs qui répête plus poétiquement ce que le « tracker » a rapporté plus tôt…

    Avez-vous fait votre don pour Haïti?

  2. Simon

    On est les premiers à s’autoflageller et dénoncer le fait que le sport ou les arts prennent plus de place que les actualités internationales. Et là, on a la plus grande perte humaine de Canadiens en 50 ans et on trouve qu’on couvre trop cela?

  3. Trop, c’est comme pas assez. La catastrophe serait aussi bien couverte et on serait tout autant touchés émotivement avec moitié moins de journalistes. Ils finissent forcément par répéter les mêmes choses, et la répétition, hélas, a pour conséquence de lasser plus vite encore une partie du public. On sait que les médias vont tôt ou tard tourner la page et passer à autre chose, on espère que ce sera le plus tard possible, mais ça risque d’arriver encore plus vite si le sentiment de redondance et de lassitude germe trop vite.

  4. Steve Carrière

    Salut Simon, ils répètent la même chose de midi à 22h. Les journaux font pareils. Lire les nouvelles en direct d’Haïti manque de respect pour les victimes et pour les contribuables. Dans un mois, il s seront tous partis puis la misère sera encore là omniprésente…

  5. Que Céline lise son téléjournal à Montréal ou à Haïti, qu’est-ce que ça change ? Hier, la Céline a rabaché le même mosus de discours qu’on entend depuis une semaine par les autres journaleux(résilience, désastre, peur, calme, beau peuple, malédiction, blabla) et à défoncer les mêmes maudites portes ouvertes (aide désorganisée).

    «Il n’y aura pas plus de médecins à Port-au-Prince demain matin si tous les journalistes quittent la capitale. Je ne vois pas le lien»

    C’est drôle, moi je le vois. Un médecin disait ce matin à Pierre Maisonneuve qu’il aurait aimé avoir les trucs des journalistes parce que son équipe médicale tardait à arriver à Port-au-Prince. Un journaliste de moins, un médecin de plus, ça ferait bien du sens. Non ?

    Mais qu’à cela ne tienne, Céline, elle, est en Haïti. Pis Émanuelle. Pis les cinq autres de Radio-Cadenas, et les quatre autres de La Presse, et les deux autres de RueFrontenac, etc.

    On ne dit pas « pas de journaliste ». On dit « moins de journaliste ».

    Information spectacle = bullshit.

  6. Paul Ilunga

    La situation est tres grave qu’il faut une grande couverture mediatique. Aujourd’hui le monde est plus touche par cette grande catastrophe c’est parce que ces nombreux journalistes raportent meme le plus petit detail et c’est ainsi que le monde se mobilisera pour apporter un soutien tant moral que materiel. Pas de media, pas d’information pour sensibiliser le monde. Attendez que la presse se taise pour que vous puissiez constater l’indifference du monde.
    PAUL ILUNGA
    Universite Saint Paul, Ottawa

  7. [...] à Haïti. À ce sujet, je vous invite à lire le billet d’Anie Labrecque sur le site du trente.ca qui se questionne à savoir, y a-t-il trop de journaliste à Haïti? Je vous invite également à [...]

  8. Ce qui devient vraiment agaçant, c’est lorsque les journalistes s’autofélicitent de leur travail et quand les lecteurs et lectrices de nouvelles, en « entrevue » avec leurs reporters, les traitent pratiquement de héros. CNN en est un exemple flagrant.

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