Le LA Times au pays des merveilles publicitaires
Les stratégies publicitaires du Los Angeles Times font encore parler d’elles. Après avoir placé un article publicitaire à la une d’une de ses éditions, c’est au tour d’un «wrap» – une fausse une, souvent coiffée du logo de la publication – de susciter bien des discussions dans la communauté journalistique américaine.
Le deuxième plus important quotidien métropolitain aux États-Unis a emballé son édition du 5 mars avec une publicité du film Alice au pays des merveilles et l’immense visage de Johnny Depp, qui y joue le personnage du chapelier fou. La tête de l’acteur surplombe une fausse une, où l’on retrouve deux faux articles sur des sujets chauds(l’un sur le système de santé américain et l’autre sur la guerre en Afghanistan), le tout affublé du logo du journal.
Pour les dirigeants du journal, ce concept est innovateur, car directement inspiré des publicités qui se trouvent sur le Net. «Nous voulions repousser les limites avec cette campagne et adapter au support papier un concept qui se voit habituellement dans les nouveaux médias», a indiqué le porte-parole du quotidien, John Conroy, en faisant référence aux publicités sur les sites internet qui peuvent parfois couvrir le contenu rédactionnel, l’espace d’un instant, dans le but d’attirer l’attention des internautes.
Selon un article du New York Times, le rédacteur en chef du LA Times se serait cependant vigoureusement opposé au concept, sans pour autant avoir gain de cause face aux dirigeants du journal.
Dans la salle de rédaction du quotidien californien, ce «wrap» qui repousse les limites du mélange des genres a suscité beaucoup d’inconfort. «Les gens sont inquiets de l’impact que ça peut avoir sur la crédibilité du journal», a confié l’un des journaliste au quotidien new-yorkais. Un autre a cependant souligné qu’une telle publicité rapportait son pesant d’or au quotidien, à une époque où même les plus grands journaux en ont bien besoin.
Un «wrap» de 700 000$
La publicité d’Alice au pays des merveilles aurait, selon certains chiffres, permis au LA Times d’empocher pas moins de 700 000$. Un chiffre qui fait dire au chroniqueur média du quotidien Star-News, Si Cantwell, qu’il est parfois correct de céder à la tentation. «Je ne crois pas qu’ils ont franchi la ligne du bon goût dans ce cas-ci. Après tout, il faut parfois s’amuser un peu, surtout lorsque ça amène des centaines de milliers de dollars en revenus», a-t-il indiqué aux lecteurs de son blogue.
Ce n’est pas la première fois que le LA Times fait la manchette pour sa façon d’intégrer la publicité dans ses pages. L’an dernier, un autre «wrap», faisant la promotion de la série True Blood, avait énormément fait parler. Mais contrairement, à celui d’Alice au pays des merveilles, le contenu rédactionnel n’était pas mélangé à la publicité.
Au Québec, les fausses unes sont des concepts utilisés à l’occasion par les quotidiens, particulièrement les gratuits Métro et 24 heures.


Janvier 2011
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