Nouveau quotidien : Le Journal « du » Québec ?

Mardi 30 mars 2010
Par Patrick Déry
L'offre publiée dans La Presse du samedi 27 mars

L'offre publiée dans La Presse

Quelqu’un, quelque part, en est apparemment venu à la conclusion que le marché québécois était assez grand pour accueillir un autre quotidien (image via Cécile Gladel).

La question turlupine tout le milieu journalistique. Nathalie Collard, sur son nouveau blogue médias à Cyberpresse, se demande qui est assez fou pour avoir eu une idée pareille.

Le marché montréalais est, à toutes fins pratiques, saturé. Les plus récentes études NadBank sur le lectorat des quotidiens le confirment. La vente de publicités est malmenée par le Web, de sorte que La Presse a dû cesser de publier le dimanche, en plus de brandir à ses employés la menace d’une fermeture. Le Journal de Montréal s’en tire mieux pour l’instant, mais disons que ça aide quand on sauve une vingtaine de millions en salaires en laissant ses employés sur le trottoir.

Les mêmes conditions prévalent de façon générale ailleurs au Québec, au Canada et dans les pays développés. Il y a des exceptions, mais il s’agit essentiellement de journaux plus ciblés, comme Le Devoir, qui n’a jamais pu compter sur des revenus publicitaires importants, et qui dégage maintenant un bon revenu d’appoint des abonnements à son édition en ligne.

Alors c’est qui?

Nathalie Collard et René Vézina, aux Affaires, évoquent sans trop y croire que Quebecor pourrait être derrière l’annonce.

Ça me semble peu plausible. Pourquoi Quebecor, qui possède déjà deux quotidiens dans la métropole, se tirerait-elle dans le pied en lançant un troisième canard? À part pour sortir quelque chose qui soit très semblable à La Presse, dans le seul but de lui nuire alors qu’elle avait récemment un genou à terre? Transcontinental, de son côté, a déjà Métro, d’ailleurs avec une participation de Gesca.

Il faudrait aussi avoir le personnel pour remplir les pages. L’offre d’emploi fait référence à des pigistes, ce qui exclut le style « grand quotidien ». Bâtir un magazine avec des pigistes est une chose, mais travailler à la quotidienne sans salle de rédaction permanente en est une autre.

Il reste une autre hypothèse. Le marché des journaux est encore relativement morcelé sur l’ensemble du territoire québécois, lorsque l’on regarde les deux principaux joueurs. Gesca a sept quotidiens qui partagent peu de contenu. Les journaux de Quebecor se ressemblent un peu plus, convergence oblige, mais ont tout de même des salles de rédaction bien distinctes.

La télévision fonctionne depuis longtemps selon une organisation beaucoup plus centralisée – d’autres diront « montréalisée ». Tous les grands rendez-vous sont nationaux : le TVA 22h, le Téléjournal, Occupation Double, Tout le Monde en Parle, Le Banquier, etc. C’est la même chose pour la radio, où le phénomène s’est accentué récemment avec la décision de Corus de mettre Paul Arcand dans le bol de céréales des Gatinois et des Saguenéens.

Du point de vue du diffuseur et de l’annonceur, c’est d’une logique implacable : un canal unique pour diffuser le même contenu au plus grand nombre possible de récepteurs. La télé le fait, la radio le fait, le Web le fait aussi, et il serait certainement possible de le faire avec un journal unique qui soit distribué dans toutes les villes du Québec, et qui se limiterait à une couverture nationale. Il n’y a qu’à construire un menu quotidien qui soit le plus consensuel possible : l’actualité politique et générale, mais non locale, les résultats des matchs du Canadien, et la couverture culturelle (lire : essentiellement, ce qui passe à la télé).

Outre les postes de rédacteur en chef et de directeur de l’information, l’annonce mystérieuse ne mentionne d’ailleurs qu’un autre poste lié au contenu rédactionnel : directeur, arts et spectacles. Ce qui suggère que la belle part serait faite à ce type de « contenu ».

La dispersion des quotidiens tient beaucoup, à l’origine, à des raisons de logistique : contrairement aux médias électroniques qui voyagent par la voix des ondes, c’est compliqué d’imprimer un journal et de le distribuer à la grandeur de la province. Aujourd’hui, avec le numérique, il n’est plus difficile de faire imprimer un journal en plusieurs endroits, et donc de couvrir un vaste territoire.

Tout ça est un peu surréel compte tenu des difficultés des journaux papiers – mais ils ne sont pas encore morts -, et les quotidiens gratuits ont démontré qu’il y a moyen de connaître un certain succès d’affaires avec des opérations plus légères. Quant à la qualité de l’information contenue dans un journal qui vise, dès le départ, à minimiser ses frais d’opération en évitant de s’encombrer d’une « vraie » salle de rédaction, la preuve sera, comme on dit, dans le pouding…

L’annonce parle d’un « nouveau quotidien québécois ». Se pourrait-il qu’on assiste bientôt à la naissance d’un véritable Journal « du » Québec?

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4 commentaires sur “Nouveau quotidien : Le Journal « du » Québec ?”

  1. JF

    Il me semble avoir vu sur le twitter de Fabrice de Pierrebourg qu’il s’agissait d’un poisson d’avril de sa part… ou alors c’est de l’ironie, ou encore moi qui ait mal lu son post: http://twitter.com/fdepierrebourg descendez à 21h lundi…

  2. JF:
    Je ne sais pas si tu vises ce tweet: @fdepierrebourg Je ne comprend pas pourquoi mon annonce sur le futur quotidien québécois a été publiée par les journaux avant le 1er avril. Franchement…

    Mais il me semble aussi peu sérieux que le mien: @MickaelBrun J’ai passé une fausse annonce pour un “nouveau quotidien”! RT @Louis_Dea: Avez-vous commencé à préparer des coups pour le poisson d’Avril ?

    //

    Patrick Déry:
    Intéressant. Je ne pense pas encore avoir lu l’hypothèse d’un quotidien panquébécois.

    //

    Parce que je suis paresseux en cette heure tardive et que je pense encore sensiblement la même chose, voici ce que j’en disais sur Parazzz 2.1:

    Depuis que cette annonce circule sur Internet, je ne peux m’empêcher de songer à la fondation du Journal de Montréal.

    Il y a quand même certaines similitudes. Péladeau père avait su profiter d’un conflit de travail à La Presse pour lancer son quotidien. Le JdeM se ferait-il faire ce qu’il a lui-même fait? Ce serait ironique!

    Je ne crois pas que Quebecor se cache derrière. Il a déjà son agence QMI qui lui sert très bien à couillonner ses employés en lock-out et son journal se vend encore très bien, ce qui est justement un problème pour les lock-outés.

    Alors, un groupe déjà familier avec l’édition? Rogers? Transcontinental (je serais surpris)? CanWest?

    Moins plausible (mais qui sait?), un groupe voulant s’introduire dans le milieu de l’imprimé? Un peu farfelu, mais en exemple Astral.

    Ceci dit, pourquoi ne s’affichent-ils pas? Des mécènes timides? Un poisson d’avril pour jeudi? Le fruit d’un autre tour de magie de Luc Langevin?

    //

    Sinon, Martineau soulevait aussi un point intéressant sur son blogue: “Vous avez déjà vu ça, vous, un éditeur qui publie une petite annonce pour trouver un rédacteur en chef????

    Voyons, habituellement, on passe par une agence de chasseurs de têtes!!!!

    On ne lance pas un appel à tous dans un quotidien!

    On procède de façon discrète, on approche des gens qu’on connaît et qui ont de l’expérience, on ne dit pas aux journalistes d’envoyer leur cv par la poste!

    Pas pour un poste aussi important, en tout cas…”

    ///

    Alors, canular? Surprise prochaine?
    En tout cas, qu’importe ce qu’il en sera, les discussions autour du sujet m’amusent énormément!

    • C’est en effet difficile d’imaginer qui ça peut être. Mais pour répondre à la question posée par Martineau: ça tend à démontrer qu’il s’agit d’un investisseur qui soit en-dehors des grands groupes de presse.

      Ou, peut-être que cette personne pense simplement recevoir des cévés des gens de RueFrontenac…

    • En fait, le poste d’éditeur fait aussi partie des emplois à combler. Ça ressemble à des investisseurs, un concept, un plan d’affaires… et pas grand chose d’autre.

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