Twitter et journalisme : un faux débat?
La discussion sur le sujet ne semble pas vouloir s’essouffler. Twitter ne représente-t-il qu’un «public gazouillant»? Tout a commencé le 6 avril avec le discours de Lise Bissonnette dans le cadre de la Journée du livre politique. Elle s’interrogeait, entre autres, sur l’utilisation des médias sociaux par les journalistes et la pertinence de cette «communauté de placoteux». On peut voir la conférence de Mme Bissonnette ici.
Les journalistes Antoine Robitaille du Devoir et Nathalie Petrowski de La Presse ont écrit à ce sujet et rapporté les propos de Mme Bissonnette dans leurs articles. Cela a créé beaucoup de bruit sur Twitter et compagnie. Pour en avoir un aperçu, l’article de Colette Brin, de ProjetJ.ca, résume bien tous les articles et discussions sur le sujet.
Les médias sociaux sont là pour rester
Pour comprendre l’univers des médias sociaux, peut-être vaudrait-il mieux apprendre à les utiliser et à les gérer dans le cadre de notre travail journalistique? Certains médias en prennent déjà compte : ils modifient leurs normes et pratiques journalistiques. C’est le cas de Reuters, qui possède déjà une politique sur les médias sociaux.
Twitter est un outil, comme Internet l’a été à ses débuts. Aujourd’hui, on ne se pose plus la question si on doit utiliser Internet. Une chance!
Quelques liens…
Lise Bissonnette et les gazouillis,
Nathalie Collard, La Presse, 7 avril
Multi-tasking,
Josée Blanchette, Châtelaine, 7 avril
Ces placoteux qui dérangent,
Michel Monette, 10 avril
Nathalie Petrowski, Nathalie Petrowski, Nathalie Petrowski,
Michelle Blanc, 10 avril
Lise Bissonnette et Nathalie Petrowski face aux médias sociaux,
Michelle Sullivan, 11 avril
Journalisme et médias sociaux, la suite,
Nathalie Collard, La Presse, 12 avril
Collard, Petrowski et la blogosphère,
Josianne Massée, Branchez-vous!, 12 avril
Nathalie Petrowski et le syndrome de la matante,
Renart Léveillé, 12 avril
Incompréhension 2.0,
Noisette sociale, 12 avril
Les tentations du web 2.0,
Nathalie Collard, La Presse, 14 avril
Pertinents gazouillis,
Jérôme Lussier, La Presse, 15 avril


Janvier 2011
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Je trouve cette discussion très intéressante, mais elle traduit, malheureusement, encore une incompréhension par rapport aux nouveaux médias et la place que les journalistes y occupent. La question qui se pose et qui, je crois, n’a été abordée qu’indirectement est la suivante: Qu’est-ce que Twitter au juste et comment l’intègre-t-on dans les processus journalistiques ?
(D’ailleurs, je ne crois pas que la réponse soit: « la même chose qu’Internet », puisque lorsque l’on essaie de faire des analogies, l’on peut voir les autres sites Internet comme des publications concurrentes ou comme des sources. Les anciennes manières de faire peuvent donc perdurer. Twitter ne peut pas être « normalisé » de la même manière. Il s’agit de quelque chose de qualitativement différent.)
Certains diront que les guides par Reuters, la BBC et compagnie répondent directement à cette question. Je pense que non. Trop souvent, Twitter ne sera vu que comme un tuyau supplémentaire pour dire: « Hey ! Regardez ! J’ai écrit un article venez me lire bit.ly… ». Sinon, il y aura un échange entre certaines personnes appartenant à une communauté (quelque peu fermée) comme les journalistes où les échanges ne sont pas destinés à un grand public.
Ce que ces deux exemples soulignent est que la question à savoir ce qu’est Twitter, au juste, n’est pas encore résolue. Est-ce qu’il s’agit d’un «réseau» à part (à la facebook) ou une partie intégrale du processus ? Lorsque Twitter est comme quelque chose de séparé, alors les discussions par et pour un groupe, illustré dans le paragraphe précédent, sont parfaitement normales. D’ailleurs, dans une telle situation, l’utilité de Twitter est de ressasser des questions, d’échanger des trucs, de se poser des questions et de trouver des filons avant de se tourner vers sa « vraie » job qui est d’écrire un article. Il est donc parfaitement normal, dans ce cas-là, de considérer que Twitter est un passe-temps agréable, un outil parfois utile, mais fondamentalement quelque chose qui distrait et qui est susceptible de nuire au travail du journaliste.
Si, au contraire, Twitter est vue comme une partie intégrale du processus journalistique, l’on peut alors le considérer pour son rôle de complément plutôt que de remplacement. Par exemple, dans le Huffington Post, il un flux Twitter est placé après les commentaires où l’on « suit » la conversation qui a lieu à ce sujet. Un tweet peut être un point de départ d’une histoire, un tweet peut aussi faire office d’alerte, finalement un flux twitter peut être juxtaposer à côté d’un article où les propos (tweets) d’acteurs concernés par ce qui est traité dans l’article sont affichés (par exemple, les allégations de Marc Bellemare et les gazouillis des députés des partis de l’opposition). À mon sens, le choix n’est donc pas entre twitter ou le journalisme traditionnel et la question n’est pas de savoir comment les journalistes peuvent «dominer» Twitter en le cantonnant au rôle d’outil au service d’anciennes pratiques, mais bien comment Twitter peut servir à bonifier l’offre finale. Avant cela, nous n’aurons que des débats stériles.
Vous avez raison sur tous les points, monsieur Cayla.
Je me demande cependant si les grands organes de presse qui rédigent des guides de journalisme (BBC, Reuters, WSJ, AP, Radio-Canada et tant d’autres) vont continuer longtemps à faire des addenda à chaque nouveau gadget de communications.
Nous voici donc, déjà ou prochainement, avec des guides pour facebook, pour Twitter et bientôt pour l’iPad j’imagine. A-t-on un guide pour YouTube? Qu’est devenu le guide pour MySpace? Et celui pour Orkut?
La communication se glisse dans tous les interstices, sur toutes les plateformes, dans tous les outils. La multiplication des médias ne fait que commencer. Est-ce qu’on pourrait cesser de définir le journalisme par ses supports?
Le journalisme est basé sur une éthique et une pratique de recueil d’information, de mise en forme et de diffusion. Peut-on s’entendre là-dessus une fois pour toutes? Quand la connaissance du bon journalisme réside dans l’esprit des personnes qui le pratiquent, le média importe peu, aussi nouveau, ou social, ou exotique soit-il.
Bruno: right on ! Du journalisme, c’est du journalisme. Et en plus, on aura plus besoin que jamais de gens qui savent en faire.
Mon grain de sel sur la question:
http://marieclaudeducas.infopresse.com/2010/04/09/la-soif-de-simplicite-dans-les-medias-aussi/
Lorsque Annie Labrecque dit « Twitter est un outil, comme Internet l’a été à ses débuts. Aujourd’hui, on ne se pose plus la question si on doit utiliser Internet. Une chance! », je vois davantage une comparaison avec les débuts d’Internet qu’une comparaison À Internet.
Remontons à 1998… On se demandait comment intégrer Internet au métier, s’il fallait s’en méfier, comment l’intégrer, s’il allait corrompre le journaliste et autres théories farfelues ou non. Et ce débat n’est pas encore terminer, surtout depuis l’avènement du 2.0.
Je trouve qu’il est tôt pour tenter de conclure sur Twitter. J’ai lu quelque part, je ne souviens pas de la source alors prenons le chiffre pour ce qu’il vaut, que seulement 5% des Internautes se servaient de Twitter. C’est une sacrée minorité. Quand on sort des rangs communication/marketing/geek… il reste très peu de gens utilisant ce bidule. C’est une clique large et vaste, mais encore une « clique ». La plupart des gens autour de moi qui ne sont pas en communication ne savent même pas c’est quoi, voire que ça existe.
Bref, donnons-nous encore le temps de l’apprivoiser et regardons le grandir.
Quant aux gazouilleurs, ça trouve toujours une manière de gazouiller, qu’importe les façons qui s’offrent à lui!
[...] me suis par la suite exprimé plus longuement dans un commentaire sur le blog du Trente, le magazine de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), mais [...]