Un revers pour les journalistes et la protection des sources

Samedi 8 mai 2010
Par Marc-André Pelletier
Jugement

iStockphoto

Le Shawinigate, ça vous dit quelque chose ? Non, Richard Nixon n’y est pas mêlé. Il est plutôt ici question de l’ex-premier ministre Jean Chrétien, «le petit gars de Shawinigan», qui aurait favorisé l’octroi d’un prêt de la Banque de développement du Canada à l’Auberge Grand-Mère, en Mauricie.

Cette histoire avait été révélée en 2002 par Andrew McIntosh qui était alors journaliste au National Post et depuis, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) tentait d’obtenir le document qui avait été acheminé au scribe anglophone. La GRC estimait que ce document obtenu d’une source confidentielle ainsi que la nouvelle qui en découlait étaient faux et ternissaient la réputation de M. Chrétien.

La Cour suprême a rendu le jugement suivant. Elle a estimé que le jeu de la protection de la source impliquée n’en valait pas la chandelle, mais assure respecter le fait que le journalisme d’enquête a parfois besoin de sources anonymes et soutient qu’il s’agira désormais de cas par cas.

On en parle un peu partout. Tous s’accordent pour dire qu’il s’agit d’un lourd échec pour le journalisme. Le président de la FPJQ, Brian Myles, en a d’ailleurs discuté avec Anne-Marie Dussault vendredi midi (bas de la page) et a qualifié d’«extrêmement décevante» la décision du plus haut tribunal au pays.

Le journaliste Daniel Leblanc, qui avait fait éclater le scandale des commandites avec sa source Ma chouette,  est fort probablement un de ceux qui a été le plus déçu en apprenant la nouvelle…

Consolation? La FPJQ a publié un communiqué tout juste avant le week-end pour se montrer en faveur d’une loi sur la protection des sources journalistiques. Le point de vue de la Fédération se trouve ici.

Un commentaire sur “Un revers pour les journalistes et la protection des sources”

  1. Patrick Déry

    Complément d’information:

    Yves Boisvert, à La Presse, considère que c’est un plus que la Cour ait reconnu le principe de la protection des sources, même si elle ne l’a pas appliqué en l’espèce. Il rappelle le test qu’a utilisé la Cour:

    « D’abord, il faut qu’il y ait un engagement de confidentialité envers la source. Deuxièmement, cette confidentialité doit être essentielle pour que l’information soit transmise. Troisièmement, les rapports entre la source et le journaliste doivent être dans l’intérêt public. Et, quatrièmement, le juge doit se demander ce qui sert le mieux l’intérêt public: la découverte de la vérité par la Cour ou le maintien de la confidentialité de la source. Dans ce cas-ci, la majorité a estimé que le Post ne satisfaisait pas au quatrième critère, vu l’enquête criminelle. »

    La question: est-ce que ça signifie que dès qu’une enquête criminelle arrivera dans le portrait, que la protection des sources va prendre le bord?

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