Affaire Malhomme: «C’est Rue Frontenac l’élément déclencheur», dit un employé de Quebecor

Lundi 28 juin 2010
Par Priscilla Franken
Plusieurs paragraphes du texte de Stéphane Malhomme sur l'acquittement de l'ex-financier québécois Martin Tremblay provenaient d'un texte de Martin Bisaillon, de RueFrontenac.com. L'article a été publié sur le site d'Argent et dans le Journal de Montréal.

Plusieurs paragraphes du texte de Stéphane Malhomme sur l'acquittement de l'ex-financier québécois Martin Tremblay provenaient d'un texte de Martin Bisaillon, de RueFrontenac.com. L'article a été publié sur le site d'Argent et dans le Journal de Montréal.

Selon un employé de Quebecor qui préfère garder l’anonymat, Stéphane Malhomme a joué de beaucoup de malchance dans l’affaire de plagiat dont il est accusé : c’est le contexte très particulier du lock-out des journalistes de Rue Frontenac qui aurait, selon lui, largement aggravé la situation.

Avez-vous été témoin de ce qui s’est passé?
Non, mais je connais les conditions de travail dans lesquelles c’est arrivé, et je souhaite en parler. Stéphane Malhomme décrit très bien ce qui se passe pour les jeunes journalistes dans son communiqué. On leur demande de faire beaucoup et d’apprendre le métier à une vitesse folle. De plus, ces jeunes sont souvent embauchés au pupitre alors que cette fonction devrait être confiée exclusivement à des journalistes expérimentés et au jugement éprouvé : dans les situations stressantes, ils savent adopter les bonnes réactions, ce qui n’est pas le cas d’un junior. L’entreprise qui place un jeune journaliste au pupitre prend forcément un risque important.

Doit-on en déduire que l’entreprise est 100 % fautive dans cette histoire?
Non, pas à 100 %, mais elle a sa part de responsabilité et elle ne la prend pas. Son message est «on n’a rien fait de mal» parce qu’elle veut soigner son image, mais dans les faits elle a placé un junior à un poste qui requiert beaucoup d’expérience.

Est-il exact que Stéphane Malhomme n’a pas été congédié comme il l’affirme dans son communiqué?
Ça me semble crédible qu’il soit parti de lui-même. TVA a maintenant le loisir de dire qu’elle l’a congédié, mais vous en voyez souvent, des congédiements pour plagiat ? Ce cas est loin d’être banal : le contexte qui implique Rue Frontenac est particulier, et c’est là tout le problème.

C’est-à-dire?
J’ai déjà été témoin d’histoires de plagiat, le plagiat ordinaire dont parle Jean-François Lisée dans son article. Ce qui est arrivé est loin d’être unique et en règle générale, les deux entreprises règlent ça entre elles, en interne, et ça s’arrête là. Dans la situation qui nous intéresse, ce sont les journalistes de Rue Frontenac, en lock-out depuis plus d’un an, qui piègent sur la place publique leur ex-employeur Quebecor en flagrant délit de copier-coller ! Il est évident que l’élément déclencheur, c’est Rue Frontenac. Les différents problèmes soulevés par cette affaire, on les retrouve partout ailleurs : trop de responsabilités, trop de pression, repiquage d’infos dans le feu de l’action… Mais dans ce contexte précis la chose est rendue bien plus sensible. Bien plus que si Radio-Canada avait accusé TVA de plagiat, ou si Le Devoir avait accusé Le Soleil. Selon moi, Quebecor a estimé qu’il fallait absolument se dégager de toute responsabilité par rapport à ce contexte, politiquement très sensible.

Savez-vous pourquoi Stéphane Malhomme a quitté son poste de lui-même et a-t-il eu tort?
Je ne peux me prononcer là-dessus, j’imagine que l’émotion y est pour beaucoup. Je ne peux dire s’il a eu tort ou raison.

Il déclare, dans son communiqué, que son supérieur lui a demandé « de reprendre le texte (de Rue Frontenac), et d’insérer les citations (exclusives à TVA) ». Il ajoute plus loin : « je veux bien m’être trompé dans l’interprétation de son ordre, et ceci est sincère ». Pensez-vous que cet ordre a été donné et si oui, comment devait-il être respecté concrètement ?
Là encore, il m’est impossible de commenter. Pour parler de manière générale, il arrive très souvent, dans notre métier, de se servir du travail des autres comme background : cela permet de vérifier et d’enrichir son propre travail. Il est donc très courant, pour n’importe quel journaliste, d’aller voir ce qu’a fait la concurrence sur tel ou tel sujet, et éventuellement de reprendre des éléments qui ont déjà été validés. Par contre, il faut reformuler, avec ses propres mots, les informations en question.

Vous disiez plus haut que les conditions de travail des journalistes se sont dégradées partout ?
C’est l’univers médiatique dans son ensemble qui tourne comme ça aujourd’hui : les journalistes travaillent de plus en plus, et d’après ce que je sais une grande majorité estime que les salaires octroyés ne sont pas assez élevés au regard des efforts fournis. De leur côté les entreprises sont à la recherche de revenus difficiles à obtenir, et des moyens de rentabiliser chaque unité au maximum. Former quelqu’un, c’est devenu un luxe, car la plupart des employeurs doivent gérer sur du court-terme. Quebecor vit cette dynamique, mais c’est la même chose pour toutes les entreprises médiatiques actuellement.

Êtes-vous heureux chez Quebecor ?
Je suis passé par différentes entreprises, la situation n’est parfaite nulle part. Moi je dis qu’il faut connaître sa valeur et ce qu’on peut faire, non se plaindre. Les critiques émises envers Quebecor restent à prendre avec des pincettes d’après moi.

Êtes-vous inquiet pour l’avenir professionnel de Stéphane Malhomme ?
S’il a rencontré des personnes qui ont une bonne réputation et confiance en lui sur son chemin, il pourra bénéficier de bonnes références. C’est à ça que servent les références, non? D’après moi, ça devrait aller pour lui. Si tous ceux qui commettent des erreurs ne peuvent plus travailler, on a un sérieux problème.

* * *

Le Blogue du Trente compte sur vous pour poursuivre le débat et vous invite à réagir à ce point de vue : le partagez-vous? Vous aussi, travaillez-vous dans un contexte trop stressant? Estimez-vous trop en faire? Qu’on ne vous encadre pas assez ? Vous arrive-t-il de constater des entorses aux règles élémentaires de la profession parce qu’il faut «toujours faire plus et plus vite»? Écrivez-nous à redaction@trente.ca

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9 commentaires sur “Affaire Malhomme: «C’est Rue Frontenac l’élément déclencheur», dit un employé de Quebecor”

  1. Mais qu’est-ce que c’est que ce texte ?

    Une journaliste du Trente qui contrevient à plusieurs règles du guide de déontologie de la FPJQ ? C’est étonnant.

    Article 3 e) : Une rumeur ne peut être publiée sauf si elle émane d’une source crédible, et si elle est significative et utile pour comprendre un événement. Elle doit toujours être identifiée comme une rumeur. Dans le domaine judiciaire, la publication de rumeurs est à proscrire.

    Article 6 : Les journalistes doivent identifier leurs sources d’information afin de permettre au public d’évaluer le mieux possible la compétence, la crédibilité et les intérêts défendus par les personnes dont ils diffusent les propos.

    Je ne vois pas en quoi l’information «révélée» par cette supposée source de chez Quebecor (en supposant que ce soit bien le cas. Nous n’avons aucune façon de le vérifier) soit à ce point importante qu’elle autorise le recours à l’utilisation d’une source anonyme.

    Ah, et j’oubliais l’article 3 h): «Les journalistes ne doivent pas se livrer au plagiat. S’ils reprennent une nouvelle exclusive qui vient d’être publiée ou diffusée par un autre média, ils doivent en identifier la source.»

    Le Quebecor-bashing auquel s’adonne la FPJQ (et lke Trente) est si maladif qu’on en vient à défendre un individu qui a plagié simplement parce qu’on voudrait tellement que le fautif, dans cette «affaire», ce ne soit pas le journaliste lui-même, mais bien cette entreprise tant détestée par une «clique» de journalistes concurrents (ou lockoutés).

    Je vous mets au défi de ne pas censurer ce commentaire, même s’il est anonyme. Après tout, ce qui vaut pour Pierre, vaut bien pour Jean…

    • Priscilla Franken

      Bonjour et merci pour votre commentaire.

      Je vous rassure, je n’ai nulle intention de censurer vos propos, il n’y a aucune raison à cela. Je trouve quand même étrange que vous ayez choisi l’anonymat alors que vous semblez ne pas être d’accord avec son utilisation, sauf lorsque le poids des révélations le justifie, si je vous ai bien suivi.

      Pour répondre à vos interrogations :

      1) Ma source a requis l’anonymat car elle pointe, entre autre choses, la part de responsabilité de l’entreprise pour laquelle elle travaille. Je pense qu’on peut comprendre sa position, et qu’il n’est nul besoin d’épiloguer là-dessus.

      2) Dans certains cas, pas d’anonymat garanti = pas de témoignage. J’ai choisi le témoignage.

      3) Cette interview apporte un éclairage complémentaire d’une part sur des conditions de travail qui peuvent mener à ce type d’erreur, d’autre part sur le contexte particulier dans lequel c’est arrivé. Ce qui me semble utile et significatif, et donc correspondre très bien à l’article 3e) que vous citez.

      4) Il ne vous aura pas échappé non plus que la question de la part de responsabilité de Quebecor dans cette affaire est évoquée de manière très directe et qu’aux yeux de ce témoin elle n’est que partielle. Vous aurez aussi noté que cette personne n’est pas un employé frustré venu cracher son venin sur son employeur, et qu’il estime même qu’il faut se méfier des critiques à l’égard de Quebecor ! Enfin, à aucun moment la responsabilité du journaliste qui a plagié n’est remise en question.

      Aussi, je me demande : sur quels éléments de ce billet vous basez-vous exactement pour me taxer de comploteuse anti-Quebecor? Dans quels passages essaie-t-on de “planter un employeur”? “D’excuser un plagieur”?

      Priscilla Franken

    • Patrick Déry

      Le contenu de ce blogue, comme celui du magazine, est indépendant de la FPJQ et de ses prises de position.

      Depuis mes quatre années et demi au Trente, à chaque fois que le magazine (et maintenant le blogue) parle de Quebecor, on l’accuse d’être à la solde des syndicats, ou à la solde de Quebecor. Quand les critiques viennent des deux camps…

      Enfin, pour ce qui est de vérifier de la crédibilité de nos sources anonymes, c’est une décision qui appartient au journaliste et au média.

      Puisque vous aimez la déontologie, je me permets de citer les paragraphes du Guide de déontologie que vous avez omis et qui autorisent l’utilisation de sources anonymes en certaines circonstances.

      Pour le reste, je m’en remets à la réponse de Priscilla.

      Patrick Déry,
      rédacteur en chef adjoint

      6 a) Anonymat
      Des informations importantes ne pourraient cependant être recueillies et diffusées sans que les journalistes ne garantissent l’anonymat à certaines sources. Cet anonymat peut toutefois servir aux sources pour manipuler impunément l’opinion publique ou causer du tort à autrui sans assumer la responsabilité de leurs propos.

      Il ne sera donc accordé, en dernier recours, que dans des situations exceptionnelles:

      *
      L’information est importante et il n’existe pas d’autres sources identifiables pour l’obtenir;

      *
      L’information sert l’intérêt public;

      *
      La source qui désire l’anonymat pourrait encourir des préjudices si son identité était dévoilée.

      Les journalistes expliqueront la préservation de l’anonymat et décriront suffisamment la source, sans conduire à son identification, pour que le public puisse apprécier sa compétence, ses intérêts et sa crédibilité.

      6 b) Promesse de confidentialité
      Les journalistes qui ont promis l’anonymat à une source doivent tenir leur promesse, devant quelque instance que ce soit, sauf si la source a volontairement trompé le journaliste. Un journaliste peut cependant informer son supérieur de l’identité d’une source confidentielle si celui-ci respecte également la promesse de confidentialité faite par le journaliste.

  2. Phil Lapierre

    Quand même ironique de vous voir décrier l’anonymat et vous-même vous vous en servez…

    Quebecor-bashing… peut-être parce qu’ils ne font pas que des bons coups. Exemple anodin : lock-outs au JdM et JdeQ.

    Pour le défi, merci beaucoup, défi relevé!

    Ah et pour Quebecor-bashing, je vous ferais remarquer le bandeau qui annonce la formation sur les réseaux sociaux avec Dominic Arpin, t’sé le gars des technologies de TVA là…

    Parlant de défi, je vous mets au défi de décliner votre identité, peut-être pourrez-vous, par la même occasion, recevoir des félicitations de votre employeur qui est peut-être celui qui se fait “basher”, comme peut-être pas…

  3. Il me semble que j’avais été clair: «Après tout, ce qui vaut pour Pierre, vaut bien pour Jean…»

    Ok, je cherche à comprendre: on peut se fier à une source anonyme pour publier un article sur le site du… Trente. Mais on ne peut pas laisser de commentaires anonymes? C’est correct pour le Trente, mais pas pour moi (je souligne au passage que ce n’est pas un article mais simplement un commentaire que je publie ici).

    Et sur le fond (au cas où les questions de fond vous intéressent), vous trouvez ça normal qu’on essaie d’excuser un plagieur pour mieux planter un employeur ?

    Moi, ça me laisse perplexe…

    J’ai l’impression que la FPJQ est en train de se transformer en syndicat.

  4. Arnaud

    Il me semble que M. Anonyme devrait lire avec plus d’attention le billet.

    1. A aucun moment le billet ne présente quelconque argument visant à “excuser un plagieur”.
    2. À aucun moment le billet ne présente quelconque argument visant à “planter l’employeur”

    Concernant les points du code de déontologie, là aussi:
    Article 3 e): Il n’y a aucune rumeur dans le billet. Ou alors chaque témoignage est une rumeur.

    Article 6: La source est identifiée, il s’agit d’un employé de Québécor.

    Article 3h): et puis… il est où le rapport avec le billet?

    Avant de taxer quelqu’un de contrevenir au code de déontologie, merci par correction et par respect, d’être certain de comprendre le sens précis des mots.

    Vos griefs envers la FPJQ et Le Trente sont respectables, mais en l’occurrence, c’est vous ici qui faites preuve de FPJQ-bashing.

    Ce billet est tout sauf orienté. Il s’agit qui plus est d’un format Questions-réponses…

    J’ai plus l’impression que vous attendiez l’occasion de voir le nom Québécor dans un billet pour faire part de votre point de vue.

    Également par respect, vous auriez pu vous donner la peine de répondre à Priscilla lorsqu’elle vous demande “sur quels éléments de ce billet vous basez-vous exactement pour me taxer de comploteuse anti-Quebecor? Dans quels passages essaie-t-on de “planter un employeur”? “D’excuser un plagieur”? “

  5. Anonyme 2

    Anonyme… : Ce texte vous a-t-il été dicté par Pierre Karl Péladeau? Je trouvais la source anonyme de la journaliste trop complaisante à l’endroit de TVA et de ses cadres… Qu’est-ce qui peut bien vous offusquer ainsi?

  6. Julie

    Ce n’est pas Jean-François Lisée mais Jean-François Codère! -:)

  7. Christian Duperron

    Pardon, le lien vers l’article de Jean-François Lisée n’était pas le bon. Voilà qui est corrigé!

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