«On peut sauver 50, 60 jobs avec RueFrontenac» -Raynald Leblanc

Mercredi 13 octobre 2010
Par

2010-10-13-LeblancLes quelque 200 pertes d’emplois étaient dures à avaler, mais c’est la clause de non-concurrence de six mois exigée par l’employeur pour les emplois rachetés qui était de trop. Cela aurait non seulement fermé les portes de La Presse et de Cyberpresse, mais aussi – et surtout – signé l’arrêt de mort de RueFrontenac, qui s’apprête à lancer une version hebdomaire en papier.
Nous avons parlé à Raynald Leblanc, quelques heures après le rejet massif de l’offre patronale par les syndiqués du Journal de Montréal

Trente : Aviez-vous l’espoir hier matin de retourner au travail, au Journal?
Raynald Leblanc :
Pas vraiment, non, parce que l’offre était boiteuse. Il y avait beaucoup de trous. Mais de toute façon, il y a très peu de gens qui vont retourner travailler au Journal de Montréal. Je ne suis pas sûr qu’on veuille encore de moi !

Trente : Vous attendiez-vous à devoir fermer RueFrontenac.com si jamais vous retourniez au Journal?
R.L. :
Au Journal de Québec, il y a à peu près une vingtaine de personnes qui ont perdu leur job dans la comptabilité, et à peu près personne à la rédaction. Quelques-uns sont partis à la retraite, mais très peu. Alors quand tu mets 200 personnes à la porte, laisse-leur au moins une chance de travailler ailleurs. Nous, on pense qu’avec le plan d’affaires de RueFrontenac, on peut sauver peut-être 50, 60 jobs, ce qui est plus que le nombre de personnes qui vont rentrer au Journal.

Vous savez comme moi qu’un média d’information, particulièrement un média d’information en continu comme on fait, six mois après [sa fermeture], il est mort! On repartirait vraiment à zéro, alors que là on a une opportunité d’avoir un plan d’affaires qui peut fonctionner avec ce site qui détient une notoriété et un lectorat qui revient tous les jours. Ce n’est pas la même game !

Trente : Quelle demande de l’employeur vous a fait le plus mal?
R.L. :
La demande qui fait le plus mal, c’est de mettre deux cents personnes dehors. À ça s’ajoute le fait qu’on empêche certaines personnes qu’on met dehors d’aller travailler ailleurs.

Trente : Le fait qu’on vous empêchait d’aller travailler pour La Presse ou Cyberpresse durant six mois, ça vous affecte?
R.L. :
C’est une question de principe! Tu mets des gens dehors, tu ne les empêches pas d’aller travailler ailleurs. En même temps, on sait qu’à La Presse, il n’y a à peu près pas d’ouvertures. Ça serait très étonnant qu’il y ait une ouverture d’ici six mois soit à La Presse ou à Cyberpresse. Quand ils ont engagé Fabrice de Pierrebourg, ils ont dû aussi engager des surnuméraires qui étaient là avant lui. Il n’y a pas vraiment de place à La Presse pour nous!

Trente : Qu’est-ce que ça vous fait de voir que le lectorat augmente au Journal de Montréal?
R.L. :
C’est extrêmement décevant et décourageant, c’est la pire affaire qui pouvait nous arriver. On sait tous que l’employeur fait du «dumping», qu’il donne [des exemplaires du Journal] à droite et à gauche, et c’est ce que ça donne au bout de la ligne. Ce qui est encore plus décevant, c’est que les lecteurs du Journal de Montréal ne se rendent pas compte qu’ils ont entre les mains un produit qui est devenu complètement autre chose qu’un journal. Le Journal a beaucoup changé. Ce ne sont que des chroniqueurs maintenant, on fait de la chronique d’opinion à tour de bras. Moi, l’opinion d’un ancien policier ou du maire Gendron, je m’en fous pas mal!

Trente : La partie patronale proposait de garder 17 journalistes, dans une salle de rédaction qui en comprenait 65, ça semble peu!
R.L. :
Une salle de rédaction avec 17 journalistes, c’est moins que le 24 heures [ndlr : le quotidien gratuit de Quebecor]! Ça serait le quotidien payant qui aurait le moins d’employés au monde!

Trente : Quelle est la suite des choses pour vous?
R.L. :
On devrait le rencontrer le médiateur demain (aujourd’hui) avec le boss, pour faire la démonstration de ce qui s’est passé aujourd’hui (hier). Le deadline au deal finit demain, (aujourd’hui) à minuit.

Tags: , ,

Laisser un commentaire