Négos au Soleil: «Nous ne sommes pas sous une cloche de verre»

L’éditeur du Soleil, Claude Gagnon, a publié il y a quelques semaines une lettre ouverte dans son quotidien, dans laquelle il appelait ses journalistes syndiqués à accepter d’aligner la prochaine entente collective sur celles conclues dans les autres quotidiens de Gesca. Cela signifie entre autres le passage à une semaine de travail de 35 heures sur 5 jours, et un gel des salaires pour trois ans.
Le président du syndicat, Baptiste Ricard-Châtelain, n’a pas apprécié la manoeuvre, en plus de faire valoir que Le Soleil était toujours rentable.
Nous avons parlé cette semaine à Claude Gagnon afin d’avoir le point de vue de la direction sur l’état actuel des négociations.
Trente : Le Soleil est-il toujours rentable?
Claude Gagnon : Il est toujours rentable, mais n’étant pas une compagnie publique, les chiffres ne sont pas dévoilés. Le Soleil, comme tous nos journaux à travers le Québec et l’Ontario, est touché par le même phénomène que les autres médias d’information d’Europe et d’Amérique. Nous ne sommes malheureusement pas sous une cloche de verre. Nous vivons des baisses importantes des niveaux de revenus à peu près à tous les chapitres et les tirages sont aussi plus difficiles.
Malgré tout, nous nous en tirons quand même bien. Mais, il demeure que nous sommes touchés de façon importante et il faut réagir à cela. Le modèle d’affaires est en pleine transformation dans les médias d’information et nous sommes donc dans l’obligation de procéder à des changements. Jusqu’à maintenant, il n’y a à peu près pas eu de mises à pied. Tous les gens qui sont partis au cours des dernières années l’ont fait dans le cadre de pré-retraites ou de départs volontaire. Personne n’a donc été sacrifié sur la place publique pour contrer les manques à gagner.
Trente : Qu’est-ce qui achoppe dans les négociations?
C.G. : Au moment où l’on se parle, il n’y a rien qui achoppe. Nous sommes encore dans ce qu’on appelle le normatif, qui devrait se régler d’ici les prochains jours. Il y avait plus de 70 à 80 éléments dans le normatif qui étaient sur la table des négociations. Il faut prendre le temps de les passer un à un. Après, nous allons tomber dans les questions monétaires.
Trente : Que pensez-vous de la réaction du syndicat face à la lettre que vous avez publiée dans les pages du Soleil le 11 septembre?
C.G. : Que des éléments créent des frictions en cours de route dans une négociation est tout à fait normal, puisque ce n’est pas toujours facile. Quand on traverse une période difficile comme maintenant, c’est certain que ça demande des efforts de la part de tout le monde. Et quand on demande des efforts, c’est toujours plus compliqué que lorsqu’on donne.
Bien qu’une négociation ne se passe pas sur la place publique, la lettre publiée dans les pages du Soleil n’était pas illégale. Les négociations se déroulent autour d’une table et c’est ce qu’on souhaite faire dans le respect des employés. C’est avec eux qu’on va régler et c’est avec eux qu’on va continuer de travailler. Je ne pense pas qu’on puisse assurer un avenir à nos employés et assurer leur pérennité sans la participation de notre personnel.
Trente : Où en sont les négociations à l’heure actuelle?
C.G. : Elles avancent à un rythme normal. C’est une négociation qui se déroule aussi dans plusieurs quotidiens régionaux, donc dans 14 syndicats, dont trois sont réglés. On ne s’attend pas à ce que cela soit facile pour les gens, mais il faut qu’ils prennent le temps de comprendre et nous devons prendre le temps de leur expliquer. Il est important qu’ils adhèrent à notre plan d’affaires et aux modifications que l’on veut faire. Il y a des journaux dans le monde où ça se déroule de façon beaucoup plus radicale.
Nous, nous travaillons avec nos employés. Nous ne sommes pas deux clans opposés. Nous ne sommes pas en train de débâtir nos organisations. Nous travaillons à bâtir l’avenir de nos médias d’information. D’ailleurs, ce n’est pas la première réorganisation que nous vivons. J’ai entre autres vécu le passage du montage manuel au montage électronique. Ce sont des changements qui ont beaucoup bouleversé l’industrie, mais nous sommes passés au travers et pour le mieux.
Trente : Qu’est-ce que votre plan d’affaires implique au niveau des conditions de travail des employés?
C.G. : Il y a des choses que l’on se permettait dans le passé et que l’on ne peut plus aujourd’hui. Par exemple, les semaines de quatre jours commencent à être beaucoup plus compliquées, parce qu’on doit travailler avec moins de ressources. Nous voulons donc revenir à une semaine de cinq jours, ce qui est l’apanage de la plupart des gens sur la planète. Nous étions très heureux d’offrir la semaine de quatre jours à nos employés, mais c’est un des avantages qui va disparaître. On demande également un gel salarial pour une période de trois ans pour nous aider à passer au travers du pire de la crise. Et l’on demande aussi que tout le monde soit au même niveau, soit 35 heures de travail par semaine.
Trente : Vous parlez d’un phénomène planétaire, mais quelles sont les difficultés que les journaux vivent au Québec?
C.G. : C’est la même chose qui se vit un peu partout. Il y a une grande transformation du modèle de fonctionnement des médias d’information. Au cours des cinq dernières années en Amérique du Nord, il y a eu une baisse du tiers des volumes publicitaires transigés, ce qui est un phénomène extrêmement important pour nos journaux. Nous sommes donc en train d’effectuer un virage qui va nous mener vers un modèle beaucoup plus électronique. Des changements sont donc en cours au sein des organisations. Et celles qui ne feront pas ces changements disparaîtront. Nous n’avons donc pas le choix.


Janvier 2011
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