Attention aux commentaires personnels, dit l’ombudsman
Des vedettes de l’information de Radio-Canada dérogent aux Normes et pratiques journalistiques de la société d’État en versant dans l’opinion personnelle à l’antenne, sur Twitter, dans les blogues et dans des lettres ouvertes aux journaux.
C’est le constat que fait l’ombudsman des Services français de Radio-Canada, Julie Miville-Dechêne, dans son rapport annuel pour l’année 2009-2010.
Selon elle, «la mise en marché de plus en plus systématique» des journalistes de Radio-Canada dans les publicités en ondes et dans les émissions de variétés «où l’on mélange les genres» comme Infoman et Le verdict peut mener à des dérapages lorsque des commentaires personnels sont transmis.
«Ces journalistes dérogent ainsi aux normes de Radio-Canada qui sont les seules au pays à exiger autant de retenue en la matière, étant donné qu’il s’agit d’un service public, écrit Mme Miville-Dechêne. Cela donne beaucoup de visibilité au service de l’Information, mais risque de nuire à la réputation d’impartialité de Radio-Canada.»
La popularité grandissante des réseaux sociaux et la multiplication des blogues personnels tenus par les journalistes contribuent également à l’augmentation de cette tendance. Une situation qui préoccupe également Alain Saulnier, directeur général de l’information qui a publié sa réponse au rapport, dans laquelle on apprend que Radio-Canada et CBC travaillent à établir une politique détaillée pour baliser les interventions des journalistes sur les réseaux sociaux (qui vient tout juste d’être révélée, et qui est mise en ligne ici, ndlr) .
Les commentaires du public publiés directement sous les nouvelles sur le site internet des nouvelles de Radio-Canada ont suscité bien des réactions. «Cette petite re?volution a change? la nature des plaintes qui parviennent a? mon bureau, note pour sa part l’ombudsman. La publication de commentaires anonymes, parfois crus, intole?rants ou porteurs de pre?juge?s, a suscite? des critiques a? l’inte?rieur et a? l’exte?rieur de Radio-Canada. L’e?quilibre entre la liberté d’expression et un de?bat civilise? est difficile a? atteindre», affirme-t-elle.
«Que le commentaire soit vrai ou faux, de droite ou de gauche, bien e?crit ou non, il est publie? a? condition qu’il respecte un certain nombre de re?gles de conduite», rappelle l’ombudsman. Le public devient-il de plus en plus intransigeant à l’endroit des journalistes radio-canadiens?
«Apre?s trois ans en poste, je suis souvent frappe?e par la perspicacite? du public. L’auditoire est exigeant face a? Radio-Canada, ce qui est normal, puisque le diffuseur est en grande partie finance? par ses impôts, croit Mme Miville-Dechêne. Il n’he?site pas a? critiquer les choix e?ditoriaux et les angles de couverture que les journalistes privile?gient. »
Le rapport en bref
- 609 plaintes reliées à l’information comparativement à 768 en 2008-2009, une année électorale
- 40 demandes de révisions de décisions dont :
- 33 réclamées par des citoyens, 2 par des groupes de pression, 5 par des entreprises ou des personnes directement mises en cause par des reportages
- 41 plaintes concernant la couverture de la pandémie de la grippe A (H1N1), dont 35 pour sensationnalisme
- 362 plaintes transmises aux directions pour réponse dont :
- 63 concernant le RDI, 57 la radio, 75 le web, et 19 radio-web-télé (plusieurs plateformes en même temps)
- 8,1 : Moyenne des jours avant l’obtention d’une réponse par la direction comparativement à 14 jours pour l’année précédente
…
Rapport de l’ombudsman :
http://www.radio-canada.ca/apropos/lib/v3.1/pdf/RA_français_09_10_WEB.pdf
Réponse d’Alain Saulnier :
http://www.radio-canada.ca/apropos/lib/v3.1/pdf/Reponse_de_la_direction_09_10_WEB.PDF
Erreurs médiatiques, et si c’est la télé qui se trompe?
http://trente.ca/2010/09/erreurs-mediatiques-et-si-cest-la-tele-qui-se-trompe/


Janvier 2011
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