La Clique du Plateau, l’anonymat et les faits

Jeudi 11 novembre 2010
Par

LE30_NOVEMBRE_10_C3.inddLa dernière édition du magazine Trente fait beaucoup jaser. Depuis quelques jours, plusieurs journalistes et blogueurs font écho à nos reportages sur le « québécentrisme » des médias, la judiciarisation de l’information, la place de la droite dans les médias et, surtout, la montréalisation de l’information, un dossier illustré en page couverture par une photo de l’auteur du blogue « La Clique du Plateau ».

Ce matin, notre magazine a inspiré une discussion animée à l’émission de Christiane Charrette, sur les ondes de la radio de Radio-Canada. Et nous en sommes vraiment très heureux. On l’oublie parfois, mais le Trente est précisément ça : un lieu de débats et de réflexion sur le journalisme. On peut dire mission accomplie.

Cela dit… Nathalie Collard, la chroniqueuse médias de La Presse, a répandu quelques faussetés sur nos choix éditoriaux. J’aimerais apporter quelques précisions.

1- Nathalie Collard déplore le fait que nous donnons la parole à un blogueur anonyme. Définition d’anonyme, selon le Robert : dont on ignore le nom. Non seulement avons-nous nommé l’auteur de la Clique, Philippe Martin, dans nos articles, mais nous l’avons aussi fait en page couverture! On n’aurait pas publié l’entrevue s’il avait refusé de s’identifier. Non seulement avons-nous vérifié son identité, nous l’avons rencontré, photographié.

Ce n’est pas un scoop. Petit rappel : Hugo Dumas, de La Presse, l’a aussi nommé dans une chronique l’an dernier. Pour un anonyme, on a déjà vu mieux.

2- Nathalie Collard laisse entendre que nous avons commis une erreur de méthodologie et que nous avons utilisé les adresses professionnelles des journalistes dans nos calculs sur la « plateauisation » de l’info. Mme Collard devrait faire ses devoirs. En réalité, à peine 80 adresses professionnelles ont été comptées sur les presque 1600 qui ont été utilisées. Leur répartition géographique était la même que le reste de l’échantillonnage (i.e., il n’y avait pas 50 journalistes au 7, rue Saint-Jacques). La présence de quelques adresses professionnelles ne changeait donc rien aux pourcentages, très peu de choses aux chiffres absolus, et absolument rien aux conclusions.

***

On parle beaucoup de la fameuse « clique du plateau », depuis quelque temps. Notre journaliste, Jean-François Parent, a voulu vérifier : existe-t-elle vraiment? Au lieu de surfer sur du vent, il a étudié la base de données de la FPJQ et « géolocalisé » les journalistes, une première. Il en arrive à la conclusion que oui, d’un point de vue géographique, la clique existe. Est-ce la fin de la discussion? Bien sûr que non. C’est un point de départ. Nous n’avons pas la prétention d’avoir fait le tour du sujet. Nous apportons un angle nouveau à un phénomène dont nous avons abondamment fait état dans nos pages ces dernières années, soit la montréalisation de l’information.

Certains nous accusent d’avoir « cautionné » Philippe Martin en l’interviewant dans le cadre de notre rubrique « Les médias selon… » et en le plaçant sur notre page couverture. Je ne comprends pas cet argument.

La Presse, Le Devoir,  Le Soleil, L’actualité, le New York Times  « cautionnent »-ils automatiquement les gens qu’ils mettent en Une? Aurait-il fallu écrire: attention à cet homme? Ce blogueur a-t-il un ton irrévérencieux, baveux? C’est indéniable. Je connais beaucoup de journalistes connus, et respectés, qui ont aussi un style assez irrévérencieux, merci. D’autres ne digèrent pas que le Trente ait montré en page couverture un blogueur masqué (mais clairement identifié, je le rappelle). D’abord, c’est sa marque distinctive, c’est ainsi qu’on le voit sur son blogue. Son visage, lui, est inconnu.

Nous, journalistes, critiquons régulièrement le travail des politiciens, des artistes, des avocats, des fonctionnaires, des médecins, etc. Et nous ne pourrions pas faire l’objet de critiques ?

Il y a quelques années, Pierre Foglia avait fait la page couverture du Trente avec un ballon cachant son visage. Personne, à ce que je sache, n’avait rouspété. Avec raison. C’était son droit. La publication de la photo de l’auteur d’un article dans les journaux est d’ailleurs une pratique relativement récente. Encore aujourd’hui, la vaste majorité des journalistes, au Québec et ailleurs, ne publient pas leurs photo.

Certains répliqueront que les journalistes sont faciles à joindre si on veut, par exemple, leur envoyer une mise en demeure. Petit scoop ici : nous avons réussi à joindre le blogueur de la Clique en quelques minutes, par l’entremise de son site. Les avocats trouveraient, j’en suis certain, le moyen d’en faire autant…

Nous, journalistes, critiquons régulièrement le travail des politiciens, des artistes, des avocats, des fonctionnaires, des médecins, etc. Et nous ne pourrions pas faire l’objet de critiques, alors que nous avons des tribunes privilégiées et des moyens que le commun des mortels ne possède pas pour faire valoir ses idées?  Sommes-nous à ce point frileux?

Le thème du prochain congrès de la FPJQ est, je le rappelle, « Un contre pouvoir à assumer ».

S’assumer, c’est aussi accepter les critiques.

Jonathan Trudel,
Rédacteur en chef

( La discussion à l’émission de Christiane Charette est disponible ici. )

Tags:

8 commentaires sur “La Clique du Plateau, l’anonymat et les faits”

  1. [...] le Trente a précisé certains détails sur leur méthodologie, remise en question par Nathalie Coll…. On peut écouter la chronique médias de Nathalie Collard et de Simon Jodoin, à l’émission [...]

  2. La moustache

    « Il a étudié la base de données de la FPJQ et « géolocalisé » les journalistes, une première. »

    Plutôt étrange que la FPJQ fournisse des données, supposées confidentielles, au Trente, supposé indépendant.

    Si j’appelle à la FPJQ pour avoir l’adresse de Foglia ou d’Alain Gravel, ils vont me les donner?

    • On n’a eu que les codes postaux. Je ne crois pas que ça ait miné la vie privée de quiconque.

      Le Trente est indépendant pour la rédaction, ça ne veut pas dire qu’il nous est interdit de parler à la FPJQ. Ça ne serait pas de l’indépendance, ça serait de l’esprit de clocher.

      Je ne crois pas que, si vous appelez à la FPJQ, ils vont vous donner l’adresse de Foglia ou d’Alain Gravel (quoique Foglia n’est pas trop difficile à trouver, si vous lisez ses chroniques).

      Peut-être qu’on va vous donner le code postal…

  3. [...] a dit »,  « l’ombudsman a dit ». Zzzzzzzzzzz.. Suite à cette entrevue, on a eu droit à la réplique du Trente; très bon texte avec une citation que nombreux journalistes devraient retenir, qui va comme [...]

  4. jflemay

    Je peux vous prouver par géoréférencement que les colons de québec existent,

    m’a me partir un blogue tient

    ah pis non, j’ai d’autres choses à faire que de regarder mon voisin avec des jumelles

    Débats d’information? Pffft. Dernière tactique de Schopenhauer, attaquer le messager. Très, très bon votre article, vraiment, du grand journalisme, édifiant.

    Pourquoi ne pas prouver par géoréférencement que la majorité des gens qui ont des hummers habitent en banlieue ou mange des cherrios, who cares?

    • S’il existait une Association professionnelle des colons de Québec, ça pourrait certainement être intéressant de situer sur une carte la localisation de leurs membres. Je ne crois pas par contre que cette hypothèse se vérifie, ni celle des Hummers en banlieue…

      Ce que nous avons fait, c’est tenter une autre approche sur la Montréalisation de l’information. Il y a bien des opinions sur la question, mais personne n’avait relevé cette donnée très factuelle. Qu’est-ce que tout ça signifie? Je ne suis pas sûr.

      Mais j’ai tendance à croire que si le tiers des journalistes habitent à peu près dans le même coin (et 1/7e sur le Plateau même), prennent le même Métro, mangent au mêmes restos, arpentent le Parc Lafontaine et font les mêmes boutiques, peut-être, juste peut-être que ça a un impact sur leur perception de la réalité, leurs choix et leurs angles de couvertures.

      Je ne vois pas pourquoi quiconque se sentirait attaqué. Je travaille dans le Plateau, le rédacteur en chef y demeure, et l’auteur de l’article aussi…

    • jflemay

      Mr Patrick,

      trouver aléatoirement des liens entre des choses sans avoir une idée du pourquoi on appelle ça fishing for significance

      Ça fait de la mauvaise science pour ce que je connais, mais j’imagine que ca fait aussi du mauvais journalisme

      désolé, mais tu ne gagneras pas un pullitzer avec ça…

  5. Au pire, les détracteurs de ces articles sur La clique devraient comprendre que c’est seulement UN article dans UN numéro!!

Laisser un commentaire