La coalition et la FPJQ: Oui pour la Caisse, pas sûr pour le Code
À l’heure où tous les acteurs du milieu des médias ont leur mot à dire sur le conflit au Journal de Montréal, une coalition de journalistes a vu le jour la semaine dernière. Réunis lors d’un dîner ayant pour thème «les journalistes contre Péladeau» à l’initiative de la journaliste Émilie Dubreuil, des travailleurs de l’information, représentants syndicaux de différents médias pour la plupart, ont élaboré sur une déclaration commune qui a été présentée lundi dernier. L’initiative a donné naissance à une coalition représentant 3800 journalistes et travailleurs de l’information. La coalition réclame entre autres l’intervention de la Caisse de dépôt et placement du Québec, qu’elle qualifie de «complice» du plus long conflit médiatique de l’histoire du Canada.
On peut lire dans les premières lignes de cette déclaration que «ce conflit est préoccupant pour toute la profession journalistique et pour tous ceux qui souhaitent une information libre et de qualité au Québec. Ce lock-out dépasse les simples relations de travail entre des syndiqués et leur entreprise. Il touche le cœur du métier de journaliste, de la liberté d’expression et de la diversité des voix dans un pays démocratique.» Concentration de la presse, information libre et de qualité, liberté d’expression, diversité des voix : tous des enjeux qui sont soulevés dans la lettre et que la FPJQ a l’habitude de défendre. Pourquoi n’a-t-elle pas apposé sa signature à un tel plaidoyer? Appuie-t-elle cette sortie en bloc?
Selon Alec Castonguay, président du syndicat de la rédaction du journal Le Devoir, en s’associant à la coalition, la FPJQ aurait été en mauvaise posture puisqu’elle n’aurait pas respecté son mandat. «La FPJQ aurait peut-être été plus inconfortable d’interpeller la Caisse de Dépôt parce que là elle sortirait de son champ d’action, ce n’est pas vraiment son mandat. Elle se concentre plus sur les grands principes. Elle partage plusieurs choses de ce qu’on a dit, mais de là à faire partie de la coalition, elle ne pouvait pas.»
Pour Brian Myles, qui était présent lors de la première rencontre, il n’y aurait pas eu de problème à interpeller la Caisse, c’est plutôt la clause sur la modernisation du Code du travail qui a fait en sorte que la FPJQ n’est pas signataire. «On a rapidement vu qu’il y avait des choses qu’ils demandaient qui n’étaient pas du ressort de la FPJQ, dont la modernisation du Code du travail, affirme M. Myles. À la FPJQ, on milite sur les clauses dites professionnelles et d’aller s’aventurer sur une modernisation du Code du travail, on estimait que les syndicats étaient mieux placés que nous pour le faire. C’est la raison principale pour laquelle on les a laissé aller seuls», ajoutant aussi qu’il était «content de voir que d’autres groupes de société civile partageaient nos préoccupations et le faisaient à leur façon».
La FPJQ s’était déjà dite sérieusement inquiète des conséquences du lock-out sur la qualité de l’information à court et à long terme et a réclamé la tenue d’une commission parlementaire ainsi que l’intervention de Jean Charest. Elle a rappelé que «la mission de la FPJQ est de promouvoir la liberté de presse et la qualité de l’information. Pas de prendre parti dans les conflits de travail, sauf lorsqu’il apparaît que la qualité de l’information est en jeu.»
Militantisme ou journalisme ?
En lisant la liste de signataires, on se rend compte que la plupart d’entre eux représentent des syndicats. M. Castonguay n’y voit pas une forme de militantisme. «C’est une coalition de professionnels de l’information et non une coalition de syndicats. Les travailleurs du journal Les Affaires et l’équipe de rédaction d’Urbania ne sont pas syndiqués, même chose pour l’AJIQ. Évidemment, la plupart des grands médias au Québec sont syndiqués pour des raisons tout à fait légitimes de rapport de force avec les patrons de presse. C’est sûr que, la plupart étant syndiqués, c’est beaucoup plus facile de parler au président du syndicat, qui parle à sa salle pour pouvoir signer la déclaration. Donc les trois quarts sont des syndicats, mais ce ne sont pas juste des syndicats.»


Janvier 2011
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