La montréalisation, vue de Sept-îles
Notre étude de géolocalisation des journalistes, qui a chiffré de façon précise une impression qu’il y avait un méchant paquet de journalistes qui demeurent autour du parc Lafontaine, a ramené à l’avant-plan le débat sur la montréalisation de l’information. Ce qui a permis d’entendre un paquet de Montréalais se faire aller le mâche-patate à propos de ladite montréalisation…
Pour faire changement, voici le point de vue pas mal intéressant de Mickaël Bergeron, journaliste au Nord-Côtier, à Sept-Îles, extrait de son blogue personnel La barbe.ca (et il en a toute une…)
(…) Croyez-moi qu’en dehors de la grande couronne de Montréal (j’inclus donc les banlieues), on s’en fiche comme Montréal se fiche [des faits divers] qui se passent à Saguenay et à Rimouski. Sauf que nous, on les a quand même, ceux de Montréal.
Il y a aussi certains enjeux qui sont gros, je le concède, mais qui demeurent montréalais. Prenons le dossier du Stade olympique. On en a parlé partout au Québec. Est-ce vraiment un sujet national? Et l’échangeur Turcot? Ça serait un sujet national, ça aussi?
S’ils le sont, alors pourquoi les médias nationaux ne parlent-ils pas du dossier de la route 389, qui relie Baie-Comeau et Fermont, la région minière la plus productive de tout le Canada, une route qui a reçu un investissement d’un demi-milliard de dollars et qui ne règle même pas le dossier au complet? Pourquoi ne parlent-ils pas de l’éternel tournage en rond du dossier de la route 138 sur la Basse-Côte-Nord qui est la seule région du Québec à ne pas être relié par un lien routier et qui s’enlise dû à cette réalité? Pourquoi ne pas traiter de la problématique de l’érosion des berges, accélérée par la voie maritime et qui oblige la déportation de plusieurs résidences?
Cet été, j’ai sorti un scoop sur le directeur de la Sûreté du Québec, bureau de Caniapiscau, qui faisait l’objet d’une enquête criminelle. La nouvelle a été reprise le lendemain par Radio-Canada Côte-Nord. La nouvelle est-elle sortie de la région? Non. Le méritait-elle? Je ne crois pas. Pourtant, si cela s’était passé à Montréal, vous pouvez être sûr que tout le Québec l’aurait su! (…)
Le reste du billet est ici.


Janvier 2011
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À entendre tous ces commentaires (qui tournent toujours autour des mêmes exemples « Pourquoi j’entends parler de l’échangeur Turcot alors que ça me concerne pas » Je le relie aussi à l’idée du québécentrisme. Pourquoi j’entends parler du Pakistan alors que j’en connais même pas, moi, des Pakistanais?
Le nombrilisme est au moins une chose que l’on partage d’un bout à l’autre du Québec.
La vraie question est: faudrait-il abandonner purement et simplement l’expression « quotidiens nationaux ». Pourquoi des gens de l’Estrie lisent-ils Le journal de Montréal ou La Presse. Ces quotidiens sont montréalais. Point à la ligne. Le premier a même le mot « Montréal » dans son titre, c’est assez évident.
L’idée d’un quotidien « national » au Québec est fausse. Il y a des quotidiens dans tous les grands marchés (dont Montréal) qui traitent des enjeux de leurs régions.
Je parlais justement de ce sujet avec un collègue du Saguenay qui me sortait la même rengaine que La barbe, lorsque j’ai fini par comprendre que le seul journal qu’il lisait, c’était Le Devoir.
Pour une population à peu près aussi grande que l’arrondissement Rosemont-Petite-Patrie, le Saguenay a un quotidien qui s’appelle justement Le Quotidien. Si des gens sont forcés de lire des journaux montréalais, c’est probablement qu’ils ne trouvent pas leurs propres journaux assez bons.
Et ça, c’est un autre problème.
Je dénonce la montréalisation, mais je ne déchire pas ma chemise pour ça. Mais avec ce que j’ai entendu cette semaine, je tenais à le redire qu’elle existe.
Est-ce que l’information locale est en danger? Dépend du média. Comme je dis dans mon billet, il existe encore plusieurs journaux locaux, dans presque toutes les régions en fait. Plus encore, les hebdos régionaux auraient plus de chance de survivre à long terme que les quotidiens et les journaux nationaux. Et je ne blâmerai jamais Le Journal de Québec de ne pas parler de la Côte-Nord, c’est le journal de Québec, comme son nom le dit et comme tu donnes en exemple, Steve.
Il existe aussi encore plusieurs radios locales malgré la présence de grands réseaux (qui, eux, sont montréalisé).
Ça n’empêche pas que la montréalisation est là et l’endroit où elle particulièrement présente et lourde, très lourde, c’est à la télévision.
Je suis Fermontois et j’appuie ton billet à 100% Mike.
Mickaël. Effectivement, tu mets le doigts dessus: la télévision. Et pas les émissions d’informations, les autres émissions. Parce que Radio-Canada et TVA ont des bulletins partout. Mais ce n’est pas le cas des magazines, des téléromans tournés à Montréal, des émissions de variétés.
Voilà pourquoi je pense, au fond, que la montréalisation des médias concerne moins l’information que tout le reste.
Dans mon billet cité par Patrick Déry, je mentionnais justement que la montréalisation allait plus loin que la couverture médiatique, mais cela concernant aussi les autres émissions qui ne se déroulent qu’à Montréal.
Si nous avons encore des bulletins régionaux à TVA et SRC, j’ai quand même un malaise quand je vois que notre bulletin, sur la Côte-Nord, est partagé avec le Bas-St-Laurent et la Gaspésie. Qui plus est, les effectifs sont assez réduits (un seul journaliste pour des centaines de kilomètres, à TVA, par exemple – un article a été écrit à ce sujet, dans le Trente d’octobre ou septembre, d’ailleurs). Et on peut se demander à quel point cette présence « locale » serait maintenue si le CRTC ne l’obligeait pas.
C’est vrai que la montréalisation des médias fait partie d’une beaucoup plus large centralisation de l’industrie en général. On redirige actuellement plusieurs services locaux vers Montréal.
Est-ce ça veut dire qu’on doit être moins vigilant et faire comme si de rien n’était? J’ose croire que non. Et ceci n’enlève pas le fait qu’il y ait une montréalisation des médias et de l’information.
Je ne veux pas être rude, Mickaël. Mais soyons réalistes. La Côte-Nord compte à peu près 40 000 personnes de moins que l’arrondissement Rosemont-Petite-Patrie à Montréal. Mais vous avez 237 000 km2 vs. 14,4 km2 pour Rosemont.
C’est un dur constat, mais combien penses-tu qu’il faudrait de journalistes dans la Côte-Nord pour témoigner de tout ce qui se passe chez vous?
Tu n’es pas rude, Steve, j’en suis tout à fait conscient. À mon journal aussi on aimerait avoir plus d’effectifs sur le terrain. Mais ce n’est pas parce que je comprends une situation que le moindre malaise me quitte automatiquement.
Je constate plus que je ne réclame.