2010 Dans les médias : Les disparus de l’année
Ceux qui sont sortis de l’écran radar… où n’y sont jamais entrés.
(Publié dans l’édition de janvier du Trente)
1- La grippe A(H1N1)
En 2009, la grippe « normale » avait fait à peu près 300 morts au pays pendant les quatre semaines entre l’éclosion de la « pandémie » de grippe A et le premier décès qu’elle a causé. Les médias d’information n’allaient pas s’empêcher d’éternuer de panique pour un pareil détail.
Pendant que l’on se rendait malades à simplement suivre les péripéties médiatiques de la campagne de vaccination, personne n’a cru bon de se poser des questions sur le fait que la grippe ne faisait des ravages que dans des endroits particulièrement défavorisés sur le plan de la santé publique ni sur le fait que la saison de la grippe était passée dans l’hémisphère Sud sans coup férir.
Les images de quidams en file d’attente – et de Claude Dubois qui ne la faisait pas – se sont succédé tout l’automne, puis on s’est mis à attendre de voir la vague virale nous frapper. Et on attend toujours.
À court de victimes, les médias ont finalement laissé filer en douce la grippe A pendant les premiers mois de 2010, pendant que l’on se demandait quoi faire avec les surplus de vaccins. La prochaine fois, pourrait-on ne vacciner que les journalistes?
2- Québec89
Le site d’info nouveau genre créé par Patrick Pierra, l’ex-propriétaire de Branchez-Vous (vendu en août à Rogers), était promis à un brillant avenir, inspiré qu’il était du très envié Rue89, le média Web des anciens de Libération. En théorie en tout cas.
Mais, sous-alimenté en nouvelles originales, largement constitué de repiquage, et porté à bout de bras par quelques collaborateurs sous-payés et mêmes bénévoles, le site a mis fin à ses activités moins d’un an après avoir été mis en ligne. À placer dans la catégorie des occasions manquées.
3- Pauline Marois
Ç’aurait dû être l’année de Pauline Marois. Les restants de tourtière du temps des fêtes n’avaient pas encore refroidi que le gouvernement libéral « scorait » déjà dans son propre but à répétition. Et alors qu’on croyait que le fond avait été atteint, les journalistes et les députés de l’opposition se sont fait une fête avec les permis de garderies, la carte de crédit de Tony Tomassi, les déclarations de Marc Bellemare, et on en passe.
Mais c’est à se demander si la chef de l’opposition officielle lisait les journaux et regardait la télévision, tellement elle semblait peu profiter de tout ce qui accablait ses adversaires.
Le sommet – ou plutôt le creux – a été atteint pendant les audiences de la commission Bastarache. Alors que madame Marois aurait dû rester plantée devant un micro à donner de la copie aux journalistes qui n’attendaient que ça, elle a plutôt envoyé au front une obscure députée, profitant du fait que l’attention était ailleurs pour remanier discrètement son cabinet fantôme.
De sorte qu’à la fin de l’été, elle n’était que 36e du point de vue de la médiatisation au Québec (selon Influence Communication), derrière les ministres Normandeau (30e) et Courchesne (33e)… et la reine Élisabeth II (28e). Tout le monde ne peut pas être un marqueur naturel…
4- Kory Teneycke
L’ex-directeur des communications de Stephen Harper trouvait que les médias n’étaient pas assez dociles pour faire passer le message conservateur. Homme d’action, il a pris le taureau par les cornes et fait le saut chez Quebecor où il a pris la tête de Sun TV News, un projet de chaîne d’information en continu qui devait être la « Fox News du Nord » et entrer en ondes début 2011.
Devant la controverse suscitée par ce changement de carrière inusité, ainsi que par le positionnement annoncé du nouveau média – sur fond d’unifolié et au son d’une marche militaire –, Teneycke a finalement jugé plus sage de se retirer, laissant la place à… Luc Lavoie, l’ancien bras droit de Pierre Karl Péladeau et de Brian Mulroney (mais pas en même temps).
Moment embarrassant : lorsque Teneycke, au sujet d’une pétition dénonçant l’éventuelle mise en ondes de la chaîne, a montré du doigt une signature manifestement fantaisiste… alors que la pétition n’était pas publique. Oups!
5- L’âme du Journal de Montréal
On a beaucoup parlé du départ de Fabrice de Pierrebourg, mais Rue Frontenac a perdu bien d’autres joueurs depuis le début du lock-out, il y a près de deux ans. Géraldine Martin est maintenant aux Affaires, suivie récemment par Marie-Ève Fournier; Mathieu Bélanger est retourné au Droit; d’autres ont quitté le journalisme pour le monde des relations publiques, comme Jean-Michel Nahas, ou celui de la politique, comme Martin Bisaillon. Le reporter Jean-Marie Duddin a même décidé de devenir attaché de presse au bureau du maire Vaillancourt, à Laval (quelle drôle d’idée), et signe maintenant les dénégations de Gilles Ier, alors que plusieurs de ses anciens collègues journalistes retournent les pierres de l’administration lavalloise. D’autres ont pris leur retraite, dont Bertrand Raymond, devenu depuis éditorialiste en chef à RDS.
Même parmi ceux qui restent, plusieurs ont lancé des projets personnels en parallèle et commencent à se voir ailleurs. On ne les blâme pas, mais on peut se demander quelle aurait été la force de frappe de Rue Frontenac si tout ce beau monde était resté en poste.
Une récente étude du Centre des médias relevait d’ailleurs que parmi tous les quotidiens montréalais, Rue Frontenac était celui qui produisait le moins de nouvelles originales (3,2 % du volume total), loin derrière La Presse (26,6 %), Le Journal de Montréal (19 %) ou Le Devoir (17,7 %), ou même les gratuits 24 heures et Métro (respectivement 19 % et 14,6 % du total).
Le coup le plus dur a été donné en octobre, alors que la direction a présenté ses nouvelles offres : 80 % des postes seraient éliminés… si les conditions de retour étaient acceptées, ce qui n’a pas eu lieu. Que restera-t-il de l’âme du Journal quand le conflit de travail sera enfin terminé? -30-
Patrick Déry est rédacteur en chef adjoint au Trente.



Janvier 2011
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