2010 dans les médias : Top « On parle trop du Canadien »
Tannés d’entendre parler de la Sainte-Flanelle? Ras-le-bol des pages noircies aux exploits des Glorieux? Nostalgiques de l’époque des Nordiques, où au moins les médias mentionnaient à l’occasion une autre équipe de hockey? Même le Trente est capable de trop parler des Canadiens!
(Publié dans l’édition de janvier du Trente)
1- L’éclipse de mai
L’engouement pour le Canadien a atteint un sommet historique en 2010. En marge du septième match de la série contre les Penguins de Pittsburgh, les 12 et 13 mai, le Canadien a occupé 25,87 % de l’espace médiatique au Québec, selon les données compilées par Influence Communication. Cela éclipsait toutes les autres nouvelles de l’année, y compris le séisme en Haïti, qui avait accaparé 23 % du contenu des médias en janvier, pendant une semaine.
2- Halak et le Saint-Graal
Le gardien du but Jaroslav Halak a atteint un tel sommet de popularité, au printemps, qu’il a déclenché une ferveur fétichiste. Une firme de relations publiques offrait en effet au public de se faire photographier avec le « Saint-Graal », c’est-à-dire avec l’un des bâtons Sher-Wood utilisés par le gardien slovaque pour éliminer les Capitals de Washington. La popularité de Jaroslav Halak n’a toutefois pas empêché la direction du Canadien de le chasser de Montréal. Début septembre, quelque 5000 personnes se sont massées dans un centre commercial de Pointe-Claire pour obtenir un autographe et dire adieu au héros du printemps. La nouvelle ouvrait plusieurs bulletins d’information à la télévision. Je n’avais jamais vu une file d’attente si joyeuse! Fin octobre, une analyse d’Influence Communication démontrait que l’ancien gardien du Canadien avait été l’individu le plus présent dans les médias québécois depuis le début de l’année. Il devançait Jean Charest, Barack Obama, Jacques Martin et Stephen Harper…
3- Le Canadien et les fédéralistes
Dans une entrevue accordée à Patrick Lagacé, aux Francs-Tireurs, avant le début de la saison, le député péquiste de Borduas, Pierre Curzi, affirme que « le Canadien est un véhicule pour le fédéralisme ». Il s’insurge contre la faible représentation de joueurs francophones au sein du club. Il estime que l’équipe montréalaise n’assume plus sa vocation identitaire québécoise d’antan. Ses propos provoquent un malaise, même au sein des péquistes. En mai, le hockey de RDS a attiré jusqu’à 2,4 millions de téléspectateurs. Les seuls drapeaux qui battaient au vent dans les rues de Montréal au printemps n’étaient pas des fleurdelisés, mais plutôt ceux du Tricolore. Question : si le Canadien redevenait un facteur identitaire, combien de téléspectateurs de plus attirerait-il? Autre question : si Jaroslav Halak était né à Rosemont, aurait-il été encore plus populaire en mai dernier?
4- Les débordements d’Influence Communication
Le très médiatisé patron d’Influence Communication, Jean-François Dumas, le sismographe de nos dérapages, fait désormais lui-même partie du « cycle de la nouvelle », catégorie « on parle trop du Canadien ».
On pourrait résumer ce cycle ainsi : 1) Une nouvelle concernant le CH paraît; 2) Elle est reprise instantanément partout, sur toutes les plateformes; 3) Des dizaines de chroniqueurs, de blogueurs, d’animateurs de radio, de « joueurnalistes » et quelques éditorialistes la commentent; 4) Une semaine plus tard, Pierre Foglia revient sur le sujet et ajoute un épisode à la série « vous avez tout faux, bande de cons »; 5) Jean-François Dumas fait le tour des médias pour présenter les données démontrant que le CH occupe une place disproportionnée de l’espace médiatique; 6) Un court débat suit, sur le thème « en fait-on trop? »; 7) Un intellectuel envoie une lettre intitulée « Du pain et des jeux » à la page Idées d’un grand quotidien; 8 ) Rien ne change jusqu’au débordement médiatique suivant, prévu en général pour le début du camp d’entraînement de septembre… ou le début des séries éliminatoires.
5- Price et les partisans bipolaires
Quelques heures à peine après une contre-performance du gardien Carey Price, lors du premier match préparatoire, le 22 septembre, le journaliste-blogueur de La Presse François Gagnon titrait son billet ainsi : « “Jésus Price” déjà crucifié. » Et pour cause. Le gardien venait de se faire conspuer par la foule du Centre Bell. Un mois plus tard, après un excellent début de saison, le même Carey Price s’attirait les louanges. Bipolaires, dit-on, les partisans du CH… M’est avis que Carey Price fera les délices de Jean-François Dumas et d’Influence Communication au cours des prochains mois… -30-
Pierre Cayouette est journaliste indépendant.



Janvier 2011
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