2010 dans les médias : Top anti-couples médiatiques
Les journalistes sont des chiens de garde qui n’entretiennent pas toujours des relations cordiales avec leurs interlocuteurs. Force est d’admettre qu’il n’y a pas que les médias qui savent montrer les crocs…
(publié dans l’édition de janvier du Trente)
1- Macleans et Bonhomme Carnaval
Le Québec est la province la plus corrompue du Canada. Une affirmation coup-de-poing qui a fait boule de neige! Macleans ne croyait pas réveiller la ceinture fléchée qui dormait en chacun des Québécois. Le blanc symbole national a été roulé dans l’argent sale, soulevant l’ire de toutes les sphères sociales.
Le magazine L’actualité, de la même famille médiatique (Rogers), a répondu en envoyant au front son chroniqueur Jean-François Lisée et en publiant en page couverture une armée de Bonhommes révoltés.
Un mois après la publication de la une controversée, Macleans s’est entendu avec l’organisation du Carnaval – qui avait menacé de poursuivre le magazine – pour publier des excuses et verser une indemnisation financière. Ça y est, une preuve de corruption de plus!
2- Isabelle Porter et Régis Labeaume
Dans un point de presse couru et destiné à faire la lumière sur l’annulation du contrat du gourou de l’image Clotaire Rapaille, le maire de Québec, Régis Labeaume, s’en est pris allégrement à la journaliste du Devoir.
Au cours d’un point de presse particulièrement désagréable, le maire a déversé son fiel sur Isabelle Porter, qui lui avait simplement demandé quand il avait commencé à douter des compétences réelles de Rapaille.
Régis Labeaume est alors devenu familier et acerbe. Un malaise palpable a été ressenti chez les journalistes qui furent témoins de l’échange ponctué d’insinuations, dont celle qualifiant le travail de Mme Porter de « journalisme de colonisés ». Des excuses ont été formulées dans les jours suivants.
3- Jean Tremblay et l’ensemble de la presse qui ose le critiquer
Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, a encore volé la vedette de la scène municipale cette année. L’équipe de La Facture a présenté un long reportage sur les nombreuses poursuites entreprises par la Ville contre d’anciens employeurs et sous-traitants, ou encore dans le dossier de la prière au conseil municipal.
Le maire Tremblay a réagi en soutenant qu’il n’avait pas de leçon à recevoir de Montréal. Selon lui, l’équipe de La Facture n’a rapporté que des « vieilles affaires », et « juste du négatif ».
« Les gens de Radio-Canada sont en train de dire que les citoyens de Saguenay ne voient pas clair. Et eux à Montréal viennent nous dire que notre monde n’est pas bon. » Il ajoutera que ce n’est pas en faisant ressortir que les aspects négatifs qu’il sera possible de « bâtir le Québec ». Qu’on se le tienne pour dit.
4- Le Journal de Montréal et Joël Legendre
L’animateur Joël Legendre a été placé en page couverture du Journal de Montréal, en plus de faire la page 2 au complet, à la suite de procédures judiciaires impliquant son ex-conjoint et agent. Ce coming-out forcé a poussé l’artiste à répliquer avec véhémence, sur le plateau de Tout le monde en parle, en disant que le journaliste avait rédigé un « torchon ».
Après avoir profité d’un capital de sympathie énorme de la part du public pendant que bien des commentateurs faisaient le procès du journaliste Marc Pigeon, Joël Legendre a effectué une étonnante volte-face quelques jours plus tard et a accordé une entrevue au Journal afin de rectifier le tir, reconnaissant qu’au fond, cette situation était « une bonne chose ». Et il en a profité pour parler de son livre de recettes, Ma biographie gourmande, tant qu’à faire.
La journaliste culturelle du quotidien, Michelle Coudé-Lord, a par la suite expliqué que « même si des gens ont essayé très fort de créer une guerre entre le Journal et Joël Legendre, rien de tout cela n’existait ».
5- Michel C. Auger et Julie Miville-Dechêne
Il a dû y avoir un « manque dans le contrôle de la qualité » pour que Pierre Trudeau, René Lévesque et Jean Drapeau soient remplacés par Stephen Harper, Jean Charest et Gérald Tremblay.
Ces propos ont été formulés par l’analyste Michel C. Auger, sur le plateau de Tout le Monde en parle. Celui à qui la société d’État a donné le mandat de décortiquer et d’imager le monde politique a été réprimé pour son… analyse, à la suite d’une plainte anonyme déposée après l’incident. L’ombudsman de Radio-Canada, Julie Miville-Dechêne, s’est rendue aux arguments du plaignant qui demandait à ce que le chroniqueur soit « rappelé à l’ordre ». Ce fut fait, et Michel C. Auger a dû reconnaître que ses propos étaient inappropriés.
Comme quoi, même les plus tenaces des canidés doivent savoir que tous les mollets ne peuvent être croqués… -30-
Lise Millette est journaliste à La Presse canadienne.



Janvier 2011
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