On se reverra en 2012

Jeudi 23 décembre 2010
Par Patrick Déry

Dessin: Pascal Élie

(publié dans l’édition de janvier du Trente)

On s’est habitués aux petits et aux grands cataclysmes qui continuent de frapper les médias. Au point que l’on a à peine haussé les épaules lorsqu’un rayon de soleil est passé cet automne : d’après les plus récentes études NADbank, la grande majorité des lecteurs de journaux sont toujours prêts à payer pour se procurer l’édition papier.

Pensons-y un instant : 100 % des articles des quotidiens de Gesca et de Quebecor sont disponibles gratuitement en ligne, plusieurs heures avant que le camelot n’effectue sa livraison. Les sites Internet de ces journaux font partie d’un portail beaucoup plus vaste – Cyberpresse ou Canoë –, sur lequel on trouve des blogues, de la vidéo, des galeries photos.

En devenant sur le Web un média écrit, Radio-Canada est lui aussi un concurrent des quotidiens payants. Rue Frontenac s’est ajouté à cette offre d’information. Les journalistes facebookent. Les journalistes twittent. Plus de trois Québécois sur quatre ont accès à Internet à la maison et peuvent aussi aller chercher des nouvelles sur les MSN et Yahoo! de ce monde. Sans compter ceux qui surfent au travail ou avec des appareils mobiles.

Il se vend malgré tout près d’un million d’exemplaires de journaux chaque jour au Québec.

Qu’est-ce que les Québécois ne comprennent pas? Ils ne savent pas compter? Les apôtres, papes et papesses du tout-gratuit, tout-Web pourraient-ils nous éclairer?

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Il semble que la livraison d’un ensemble de nouvelles triées, mises en pages de façon attrayante et livrées dans un format pratique ait encore une valeur.

La livraison d’un ensemble de nouvelles triées, mises en pages de façon attrayante et livrées dans un format pratique a encore une valeur.

Cela ne veut pas dire que le modèle d’affaires de la presse écrite n’a pas besoin de changements. Les belles années de la publicité, c’est fini. Nul besoin d’un doctorat en macro-économie pour comprendre que passer d’un oligopole à une situation de concurrence quasi infinie – vive le Web –, cela plombe les prix.

Mais le numérique a aussi ses avantages.

Comme l’indique Jean-François Cloutier dans son essai « Les raisons d’espérer », la distribution numérique va permettre de se débarrasser des coûts de diffusion et d’impression, qui représentent encore la plus grande partie des dépenses des entreprises de… presse.

La fameuse tablette fait évidemment partie de l’équation. Celle d’Apple, qui coûte 500 $ au bas mot, demeure un gadget de technophiles. Et quelques millions d’iPad ne constituent pas encore un marché viable pour la livraison de journaux-pas-en-papier.

Mais l’Apple a des émules : Samsung, RIM (les fabricants du BlackBerry), Dell, HP offrent ou offriront bientôt leur propre écran portable interactif. D’autres s’ajouteront. Et l’on n’est (déjà) probablement qu’à quelques mois de la prochaine génération d’iPad. La concurrence aidant, dans un peu plus d’un an, on ne sera plus très loin de tablettes se vendant à des prix grand public.

Cela ne ressemble pas encore assez à un journal? Des fabricants comme Sony et Bridgestone ont révélé des prototypes d’écrans souples. Le sud-coréen LG devrait avoir commencé la production à grande échelle de sa feuille de papier électronique de 19 pouces – à peu près le format de Métro – au moment où ces lignes sont écrites.

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Dans un avenir proche, des journaux pourraient bien offrir à leurs lecteurs, moyennant un engagement de longue durée, un forfait d’abonnement incluant un liseur électronique. Adieu, pressiers, livreurs, camelots. Rebonjour, profits. Les revenus de publicité auront diminué de moitié? Qu’importe, les coûts de production aussi!

En fait, avant longtemps, ce sont les médias télévisés qui pourraient se retrouver en eaux troubles. À l’écrit, le coût pour produire l’information est relativement peu élevé : ça ne prend qu’un journaliste, un ordinateur et une connexion Internet. C’est la diffusion qui coûte cher. À la télévision, c’est l’inverse : on a besoin de caméras, de micros, de studios, ainsi que du personnel pour faire fonctionner toute cette quincaillerie. Pour aller dehors, tout un autre arsenal est nécessaire.

Comme la distribution est déjà immatérielle, il n’y a pas d’économies à faire en passant au Web. Mais cela n’empêchera pas les revenus de publicité de continuer à s’y éparpiller.

De sorte que la production de nouvelles à la télévision va y devenir – commercialement, s’entend – de moins en moins attrayante. À moins de vendre les bulletins à la pièce sur iTunes?…

Après des années de vaches extra-maigres, la presse écrite pourrait revenir en force. Cela ne se fera pas en 2011, qui sera une année de purgatoire pour les journaux et les magazines, qui devront continuer à marcher, mâcher de la gomme et jouer de la clarinette en même temps, le temps qu’un modèle d’affaires puisse succéder à un autre.

Mais gardez 2012 à l’œil. -30-

Patrick Déry

Rédacteur en chef adjoint

redaction@trente.ca

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Un commentaire sur “On se reverra en 2012”

  1. Manuel Beaulieu

    Le papier n’est pas mort… Depuis le temps qu’on annonce la fin…

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