Le rapport Payette : pour un renouveau journalistique québécois

Mercredi 2 février 2011
Par Hugo Prévost

Le rapport Payette, conclusion des études du Groupe de travail sur le journalisme et l’avenir de l’information au Québec, offre  51 recommandations pour que l’avenir journalistique au Québec soit meilleur, que ce soit pour les patrons de presse, les journalistes, ou encore le public.

C’est dans les bureaux d’une coopérative de travail de Montréal – majoritairement réservée aux journalistes indépendants, entre autres – que Dominique Payette a présenté les conclusions de son rapport devant un parterre de journalistes réunis pour l’occasion.

« Nous préconisons une intervention de l’État pour soutenir la mission d’informer des médias », attaquait d’emblée le communiqué accompagnant le rapport, et Mme Payette a opiné en ce sens, affirmant que « le temps était venu que le journalisme cesse d’être seulement entre les mains des journalistes ».

« Le journalisme concerne les journalistes, mais l’information concerne toute la société québécoise », a poursuivi la professeure, qui déclare voir dans les recommandations du rapport une façon de revitaliser le domaine de l’information dans la province, et par ce fait même les « compétences civiques » de la population.

Déboulonnant le mythe selon lequel la crise des médias serait conjoncturelle, soit liée à la crise économique elle-même, Mme Payette parle plutôt d’une crise structurelle, et donc liée au modèle d’affaires des grands médias, qui met en danger le journalisme et les pratiques professionnelles du journalisme telles que nous les connaissons.

La professeure en journalisme parle également de « grandes tensions » qui sévissent au sein du milieu, parlant, sans le nommer, du conflit de travail en cours depuis plus de deux ans au Journal de Montréal, et précisant que l’information publique manque de financement. Il s’agit d’ailleurs de l’un des conseils offerts dans le rapport, soit de favoriser les nouvelles à caractère socio-politique – les hard news – par rapport au soft news, qui caractérise les autres genres d’information.

Ce que le rapport Payette propose, tout d’abord, est l’adoption d’une Loi sur le statut des journalistes professionnels. Ce point, pivot quasi-central du rapport, forcerait ainsi la création d’un statut spécifique pour les journalistes répondant à un ensemble de normes éthiques et professionnelles. Le document prend cependant la peine de préciser que le but visé est l’obtention d’un statut de journaliste professionnel, et non pas un statut professionnel de journaliste. La seconde option, impliquerait une judiciarisation du procédé d’obtention de ce statut, et une discrimination potentielle envers ceux faisant le choix de ne pas acquérir ledit statut.

Faire le choix, en effet, puisque ce statut, s’il comporte nombre d’avantages, autant pour le journaliste que pour l’entreprise de presse qui l’emploie, demeurerait néanmoins facultatif; en ce sens, ce statut serait semblable aux conditions d’obtention d’une carte de presse en Belgique, où chacun est libre de pratiquer le journalisme comme bon lui semble, mais où l’appartenance à ce groupe de journalistes « professionnels » favorise la reconnaissance et donne accès à une série d’avantages professionnels.

L’octroi de ce statut devrait être réservé à une association de journalistes professionnels, précise le rapport, qui demande par le fait-même à l’État de se reconnaître « inapte à gérer le journalisme », explique Mme Payette.

Une fois obtenu, ce statut de journaliste professionnel serait conditionnel au respect d’un code de déontologie journalistique. Il est à noter que les deux associations de journalistes du Québec, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) et l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ), ainsi que Radio-Canada, entre autres, ont tous une version spécifique d’un code d’éthique à respecter. La question avait fait l’objet d’un vote, au congrès de la FPJQ tenu en 2009 à Sherbrooke.

Du côté des entreprises de presse, le fait d’embaucher des employés ayant obtenu le statut de journalistes professionnels permettrait d’obtenir un crédit d’impôt – qui est une autre des recommandations du rapport Payette.

Une avancée pour les journalistes indépendants

Seconde recommandation du rapport – et revendication de longue date pour les journalistes indépendants, Mme Payette et son groupe de travail suggèrent d’inscrire, dans la nouvelle Loi sur le statut des journalistes professionnels, un chapitre spécifique sur les journalistes professionnels indépendants « leur octroyant des conditions apparentées à celle dérivées de la loi québécoise sur le statut de l’artiste, c’est-à-dire leur permettant de négocier des conditions minimales de travail et un contrat type incluant les droits de suite ainsi que la protection contre d’éventuelles poursuites judiciaires ».

Côté judiciaire, justement, le rapport met l’emphase sur la nécessité d’enchâsser la protection des sources dans la loi, et de faciliter le traitement des demandes d’accès à l’information en favorisant les dossiers soumis par des journalistes professionnels. Ceux-ci n’auraient également plus besoin d’un avocat pour agir devant la Commission d’accès à l’information ou devant tout tribunal « lorsque le droit à l’information est en cause ».

Le document prône également un renforcement de l’autorité du Conseil de presse du Québec, organe d’arbitrage récemment édenté par la décision de Quebecor de quitter son sein, soustrayant de fait la moitié de l’information produite au Québec de l’influence du Conseil.

Enfin, soulignons que le rapport Payette évite la question de la concentration de la presse, phénomène majeur dans les grands centres urbains, en autres. À ce sujet, Mme Payette a dit vouloir favoriser la multiplication des sources d’information en région, et stimuler la production de contenu médiatique, et ce même au sein des grandes entreprises de presse.

Un accueil favorable

Peu de temps après la diffusion du rapport, la FPJQ et le Conseil de presse du Québec se sont montrées réceptives aux suggestions et aux conclusions contenues dans le document. Réagissant par voie de communiqué, le président du Conseil de presse, John Gomery, a déclaré que « ce rapport alimentera sûrement une discussion et une réflexion sur l’état de l’information et du journalisme au Québec ». « Les transformations qui se sont produites au cours des dernières années, tant aux plans économique que technologique, commandent que l’on s’arrête pour réfléchir sérieusement à l’avenir des médias, de la profession journaliste et de l’information en général », a-t-il poursuivi.

Du côté de la FPJQ, Brian Myles, son président, rappelle par communiqué que de nombreuses recommandations du rapport s’inscrivent en droit ligne de divers mandats reçus par la FPJQ lors de son dernier congrès annuel, et correspondent à plusieurs attentes et aspirations de la fédération. La FPJQ affirme cependant avoir des réserves, « parfois sérieuses », sur certaines recommandations qu’elle dit pouvoir considérer plus accessoires, et indique qu’elle en fera part au cours des prochaines semaines.

Aux yeux de la fédération, cependant, « si diverses modalités proposées dans le rapport peuvent se discuter, les objectifs restent ceux qu’il faut poursuivre pour aider durablement et en toute liberté l’information du public selon les meilleurs standards du journalisme ».

- Texte également publié sur Pieuvre.ca -

Et vous, que pensez-vous de la recommandation de créer un statut professionnel pour les journalistes?

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